L'UNIVERSITÉ LIBERTÉ

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mai 21, 2018

#36 Diverses informations politico-socio/économique en Macronie

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D'avance merci. 

L'Université Liberté, un site de réflexions, analyses et de débats avant tout, je m'engage a aucun jugement, bonne lecture. Je vous convie à lire ce nouveau message. Des commentaires seraient souhaitables, notamment sur les posts référencés: à débattre, réflexions...

Merci de vos lectures, et de vos analyses. Librement vôtre - Faisons ensemble la liberté, la Liberté fera le reste. 
 Al, 

PS: N'hésitez pas à m'envoyer vos articles (voir être administrateur du site) afin d'être lu par environ 3000 lecteurs jour sur l'Université Liberté (genestine.alain@orange.fr). Il est dommageable d'effectuer des recherches comme des CC. 
Merci



Sommaire

A) 1968-2018 : logement, consommation, études… espérance de vie, mariage, enfants… comment la France a changé en cinquante ans -

B) Marché : Réserves de la Cour des comptes sur la gestion budgétaire 2017 - Simon Carraud, édité par Arthur Connan - Thomson Reuters

C) La facture très salée de l’abandon de Notre-Dame-des-Landes - Emilie Torgemen - Le Parisien

D) Le grand entretien avec Édouard Philippe : « Je crois à ce que nous faisons pour la France » - Stéphane SIRET - Paris/Normandie

E) Nicolas Hulot : « Tant que l’on fera avancer l’écologie, je resterai » - Philippe LEMOINE - Ouest France

F) La SNCF, un monde à part -

Emmanuel Macron, une certaine idée du libéralisme -

Emmanuel Macron, la nouvelle bourgeoisie et le libéralisme - Patrick Juignet - philosciences





A) 1968-2018 : logement, consommation, études…espérance de vie, mariage, enfants… ce qui a changé dans la population française;  comment la France a changé en cinquante ans

A l’heure où la France célèbre le cinquantième anniversaire de Mai 68, Les Décodeurs ont cherché à comprend re ce qui a changé dans la société et les conditions de vie des Français en un demi-siècle.

Des logements moins surpeuplés

+ 17 mètres carrés par personne
En 1968, la France commence à s’affranchir des difficultés de logement liées à l’après-guerre, mais le surpeuplement reste un souci majeur. Cette problématique n’a pas disparu actuellement, puisque la Fondation Abbé-Pierre compte encore près de 4 millions de personnes mal-logées, mais, en cinquante ans, la situation générale s’est améliorée. En effet, le parc de logement a augmenté trois fois plus vite (+ 76 % entre 1968 et 2013, selon l’Insee) que la croissance de la population (+ 28 %).
Avec le vieillissement de la population, et le changement de structures familiales, le nombre de personnes au sein de chaque ménage a diminué, alors que, dans le même temps, la surface des maisons augmentait. Selon une étude du Conseil général de l’environnement et du développement durable (CGEDD), chaque Français dispose aujourd’hui en moyenne de 40 m2, contre 23 m2 en 1970.

Toujours plus de propriétaires

En cinquante ans, la France est-elle devenue une nation de propriétaires ? La proportion de ménages qui ont acquis ou sont en train d’acquérir leur résidence principale a de fait nettement augmenté depuis 1968, passant de 42 % à 58 %. Sur la même période, le taux de locataires a lui diminué. Mais le plus notable est la baisse drastique des hébergements à titre gratuit : plus d’un ménage sur huit était logé par des proches (12,6 % en 1967) contre à peine 2,6 % actuellement.

La fin de l’inconfort

Non seulement les logements étaient en nombre insuffisant en 1968, mais ils étaient aussi loin d’avoir tout ce que l’on considère actuellement comme la norme minimale de confort moderne.
48 % de logements sans WC en 1968
Depuis la seconde guerre mondiale, la modernisation s’était accélérée, mais en 1968, un logement sur dix était encore dépourvu d’eau courante et plus de la moitié n’avaient pas de salle de bain – des situations qui ont quasi disparu.

Frigo, télé, portable : l’ère de la consommation

« Consommez plus, vous vivrez moins » : les slogans de Mai 68 fustigeaient l’avènement de la société de consommation. L’appétence pour les objets modernes, décrite par Georges Pérec dans Les Choses dès 1965, n’a fait que se renforcer depuis.
En cinquante ans, la quasi-totalité des Français se sont dotés d’un réfrigérateur, d’un lave-linge ou d’une télévision. Et depuis les années 2000, de nouveaux équipements technologiques sont apparus et se sont généralisés : téléphone mobile, ordinateur…

– 60 % pour le budget alimentation
Les habitudes de consommation des Français ont aussi beaucoup évolué. Si certaines dépenses sont restées relativement stables (culture et loisirs, transports, achat de meubles), d’autres ont nettement diminué. L’alimentation, principale charge des ménages en 1968, est passée de 21 % du budget à seulement 13 % en 2014, en raison de l’industrialisation de l’agriculture et de l’agroalimentaire. Autre enseignement : les sommes consacrées au tabac et à l’alcool ont été divisées par trois sous l’effet des campagnes de santé publique.
En revanche, le logement et l’énergie coûtent de plus en plus cher aux Français, et les dépenses de télécommunications, quasi inexistantes en 1968, représentent aujourd’hui plus de 4 % de leur budget.

La démocratisation de l’éducation

Le confort des logements ou la consommation ne sont pas les seuls changements opérés dans la société française en cinquante ans. Parmi les évolutions les plus notables figure la généralisation des études secondaires puis supérieures.
Quatre fois plus de bacheliers
En 1968, le baccalauréat était encore un diplôme rare et précieux : cette année-là, seuls 19 % des jeunes Français l’ont obtenu – et encore, ce chiffre est plus élevé que les années précédentes, car l’examen ne s’est déroulé qu’à l’oral, en raison des grèves et des « événements » du printemps.
En 1969 apparaît le baccalauréat technologique, qui doit orienter vers les Instituts universitaires et technologiques (IUT) ou les sections de techniciens supérieurs. Mais ce n’est qu’en 1985 qu’apparaissent les baccalauréats professionnels. Désormais, toutes filières confondues, près de 80 % d’une classe d’âge décrochent le bac.
695 000 étudiants en 1968
Longtemps réservé à une élite, l’accès aux études supérieures s’est ouvert rapidement dans les années 1960 : le nombre d’étudiants a quadruplé en dix ans, passant de 227 000 en 1958 à 695 000 à la rentrée 1968, notamment à la faveur de la création des IUT, qui ont rassemblé 110 000 élèves dès leur première année, selon des données du ministère de l’éducation nationale. Depuis, le nombre d’étudiants n’a cessé d’augmenter en France. Ils étaient plus de 2,5 millions à la rentrée 2017-2018.

Espérance de vie, mariage, enfants… ce qui a changé dans la population française

Des Français plus nombreux, qui vivent plus longtemps

+ 16,4 millions
La population française n’a cessé de croître en cinquante ans.

+ 11 ans d’espérance de vie
En 1968, un enfant qui naissait pouvait espérer vivre jusqu’à 71,5 ans en moyenne, avec un décalage important selon son sexe : 67,8 ans pour un homme et 75,2 ans pour une femme.
Aujourd’hui, l’espérance de vie à la naissance s’établit à 82,5 ans (en 2017), avec un écart réduit entre les hommes (79,5 ans) et les femmes (85,3 ans). Cette longévité s’explique par les progrès de la médecine, qui a réduit la mortalité des adultes et des personnes âgées, comme l’explique Gilles Pison dans Populations et sociétés n° 553, de l’Institut national d’études démographiques (INED).
Résultat, la population a nettement vieilli. Les moins de 20 ans représentaient un tiers des Français en 1968, contre moins d’un quart en 2018.

Moins d’enfants, plus tardivement

+ 4,5 ans pour les femmes à la naissance de leur premier enfant
En 1968 (ou plus précisément en 1967, selon des données de l’Insee), les femmes accouchaient de leur premier enfant à 24,2 ans en moyenne, et l’indice de fécondité, c’est-à-dire le nombre d’enfants par femme en âge de procréer, était de 2,5.
Aujourd’hui, l’âge des mères à la naissance de leur premier bébé se situe à 28,7 ans en moyenne (en 2017), avec un indice de fécondité en baisse, à moins de 1,9 enfant par femme.
L’entrée dans la maternité est plus étalée : il y a cinquante ans, près d’un tiers des femmes accouchaient pour la première fois entre 21 et 23 ans, et moins de 10 % devenaient mères après 30 ans, alors que c’est désormais le cas d’un tiers d’entre elles.

Des naissances plus maîtrisées

En 1968, il n’était pas évident pour les femmes d’avoir des relations sexuelles sans risquer de tomber enceinte : 25 % des femmes n’utilisaient aucun moyen de contraception, 32 % pratiquaient le retrait et 16 % d’autres méthodes comme l’abstinence périodique. La loi Neuwirth venait d’être votée, à la toute fin de l’année 1967, et la pilule, encore confidentielle, n’était pas remboursée.
Aujourd’hui, la contraception s’est généralisée, avec une hégémonie de la pilule (utilisée par 56 % des femmes en 2000), partiellement remise en cause après les années 2010, ainsi que le développement du stérilet et du préservatif.

Le mariage en déclin… et en recomposition

9 fois plus d’enfants de couples non mariés
En 1968, le mariage était la norme et le préalable à la constitution d’une famille. Les enfants « naturels » ou « illégitimes » étaient minoritaires (6,2 %) et souvent non reconnus par leur père.
Cinquante ans plus tard, les enfants nés hors mariage représentent la majorité des naissances (58,6 % en 2016). Toutefois, la quasi-totalité des pères reconnaissent leur enfant dans l’année qui suit la naissance. Seuls 4 % des enfants nés en 2016 n’ont pas bénéficié de la reconnaissance paternelle.

3,5 fois plus de divorces
En 1968, plus de 350 000 couples se mariaient chaque année, dont la grande majorité pour la première fois. Le divorce était rare, et ne concernait qu’un couple sur dix en moyenne. Actuellement, le nombre d’unions a baissé, et plus d’un quart (28 %) sont des remariages. En revanche, le divorce a explosé et touche plus de 123 000 couples par an.

Des unions plus diverses
Depuis vingt ans, le mariage traditionnel a été complété par d’autres formes d’union, qui incluent les couples homosexuels : le pacte civil de solidarité, instauré en 1999, puis le mariage pour tous à partir de 2013. Il y a désormais davantage d’unions enregistrées chaque année devant les autorités qu’en 1968.





Pour aller plus loin sur les évolutions de la société depuis 1968

Cinquante ans d’évolution des conditions de logement des ménages, par Alain Jacquot, de l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), 2006.
Ménages & Environnement Les chiffres clés, par le Commissariat général au développement durable (CGEDD), octobre 2017.
Les ménages et leurs logements depuis 1970, par J. Friggit, CGEDD, mai 2018.


Pour aller plus loin sur les évolutions démographiques depuis 1968

La pyramide des âges de l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee).
1968-2018 : quatre surprises démographiques en France depuis cinquante ans,, dans Population & sociétés n° 553, par Gilles Pison (Institut national d'études démographiques).
Cinquante ans de contraception légale en France : diffusion, médicalisation, féminisation,, dans Population & sociétés n° 549, par Mireille Le Guen (Laboratoire junior Contraception & genre).


Notre sélection d’articles sur les 50 ans de Mai 68

 Source



B) Marché : Réserves de la Cour des comptes sur la gestion budgétaire 2017

La Cour des comptes émet des réserves sur la gestion budgétaire des gouvernements successifs en 2017, qui n'ont ni contenu les dépenses, ni endigué la progression de la dette en dépit des efforts affichés, avec le risque que fait peser cette évolution sur les comptes publics en cas de remontée des taux d'intérêts.

Les magistrats de la Cour font ce diagnostic qui porte à la fois sur la fin de l'ère Hollande et sur les premiers mois de la gouvernance Macron dans leur rapport annuel sur le budget de l'Etat, dont Le Monde a publié les éléments saillants samedi, quatre jours avant sa présentation.

"En 2017, l'amélioration très limitée du déficit résulte d'une forte hausse, tant des dépenses que des recettes", peut-on lire dans ce rapport, cité par le quotidien.

Selon les chiffres officiels, le déficit de l'Etat s'est élevé à 67,8 milliards d'euros, un chiffre légèrement inférieur aux 69,1 milliards enregistrés en 2016 mais insuffisant pour faire baisser le ratio de la dette publique par rapport au PIB (96,8% en 2017 contre 96,6% un an plus tôt).

"Les dépenses fiscales poursuivent leur progression et échappent aux politiques de maîtrise affichées (...), la dette continue à progresser, le risque de remontée des taux d'intérêt (pèse) sur les perspectives de redressement", selon la Cour.

L'exécutif a pu profiter des taux bas mais, relèvent les magistrats, la charge de la dette "a été pour la première fois très légèrement supérieure à la prévision de la loi de finances initiale".

Ils mettent également le doigt sur la hausse de 4,8% des dépenses des différents ministères (à 10,6 milliards d'euros) du fait de l'augmentation des dépenses de personnel et de fonctionnement. C'est la progression la plus forte depuis 2007.

En contrepartie, l'Etat a bénéficié de la reprise de l'économie (+2,3%), synonyme de meilleures rentrées d'argent, comme l'observe la Cour des comptes : "Le produit de tous les grands impôts augmente."

Le rapport 2017 fait le bilan des premiers pas d'Emmanuel Macron mais aussi du dernier budget du quinquennat Hollande, entaché par des "éléments d'insincérité" déjà mis en lumière par la Cour et de nouveau soulignés dans le document à paraître mercredi.

La nouvelle équipe gouvernementale promet quant à elle de réduire à la fois la dépense publique et le poids des prélèvement obligatoires d'ici à 2022.

Les options envisagées pour contenir les dépenses publiques n'ont toutefois pas été précisées à ce jour et le rapport du Comité Action publique 2022 (CAP 22), chargé d'identifier les pistes d'économies possibles - initialement annoncé pour février 2018 - se fait attendre.

Pour l'exercice 2019, le gouvernement prévoit une croissance de 0,4% de la dépense publique (en volume, hors crédits d'impôts et hors inflation), selon le programme de stabilité 2018-2021 présenté mi-avril.

Simon Carraud
Source



C) La facture très salée de l’abandon de Notre-Dame-des-Landes

Loin d’être anodine, la décision d’abandonner le déménagement de l’aéroport de Nantes-Atlantique engendre des dépenses en cascade, qui pourraient dépasser le demi-milliard d’euros.

Tous les joueurs de poker le savent : se coucher peut coûter cher. L’abandon de Notre-Dame-des-Landes, annoncé par le Premier ministre Édouard Philippe en janvier, n’était certes pas une décision comptable. Elle était d’abord motivée par des raisons politiques et écologiques. Il s’agissait de permettre à un dossier enlisé depuis une quarantaine d’années de sortir de l’ornière : le transfert de l’aéroport actuel de Nantes (Loire-Atlantique) à une vingtaine de kilomètres plus au nord, en plein milieu du bocage.
Mais, alors que la situation est en passe de se normaliser sur le site où devait être réalisé le projet avorté, la facture s’annonce de plus en plus salée pour le contribuable, comme le montre le calcul auquel nous nous sommes livrés. Selon nos estimations, la note pourrait grimper jusqu’à 699 millions d’euros.
Bien que la contestation se soit déplacée vers le Sud, de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique) à Saint-Aignan (Loire-Atlantique), où les habitants risquent de subir de nouvelles nuisances en raison de l’augmentation du trafic prévu au-dessus de leurs têtes, les forces de l’ordre continuent, elles, de se déployer massivement au Sud, à grand renfort de moyens matériels : hélicoptères, blindés, bulldozers… L’objectif : mettre fin à l’occupation illégale des parcelles par une poignée d’irréductibles.

Sans l’aéroport, des besoins supplémentaires

Parallèlement, les collectivités locales impactées par l’abandon ont commencé à sortir les calculettes. « Avec les acteurs économiques, nous évaluons en ce moment nos besoins. Nous allons par exemple devoir améliorer l’accessibilité ferroviaire, notamment en modernisant les lignes Saint-Nazaire-Nantes-Paris ou Massy-Valenton », pointe Fabrice Roussel, vice-président (PS) de Nantes Métropole. Il faudra aussi compter des aménagements pour les riverains, plus nombreux à être exposés au bruit des réacteurs que si le tarmac avait été déplacé dans le bocage.
Pour Julien Durand, agriculteur à la retraite et opposant historique au déménagement, c’est le prix à payer pour « éviter une terrible perte de biodiversité et un gâchis de terres agricoles ». « L’option d’un réaménagement de Nantes-Atlantique revient tout de même deux à quatre fois moins cher que s’il avait fallu sortir un aéroport de terre ex nihilo », relativise Françoise Verchère, autre figure la contestation. Pas si simple.

Le précédent de l’écotaxe

Les travaux de Notre-Dame-des-Landes étaient certes en partie financés par de l’argent public tandis que la modernisation de Nantes-Atlantique sera entièrement supportée par le concessionnaire privé. Mais, d’après les estimations du député (LR) de l’Oise (LR) Éric Woerth, auteur d’un long rapport sur les conséquences de l’abandon, l’État et les collectivités auraient pu engranger en contrepartie de 200 et 600 millions d’euros de retombées sur 55 ans, la durée de la concession accordée Aéroports du grand ouest, filiale de Vinci.
Un manque à gagner auquel s’ajoute la grande inconnue du dossier. Quelles seront les indemnités qui devront être versées au géant du BTP ? Selon nos informations, Vinci, qui n’a pas souhaité répondre à nos questions sur ces négociations ultra-confidentielles, espère encaisser un chèque de plus d’un demi-milliard d’euros.
En fonction de l’accord qui sera trouvé, le montant de la note pourrait se rapprocher de celle d’un des plus gros fiascos financiers, l’abandon en 2014 de l’écotaxe. D’ici à 2024, l’État va devoir reverser 924 millions d’euros au consortium franco-italien qu’il avait chargé du dispositif, avant de déchirer le contrat. À l’époque, la ministre de l’Écologie avait promis que la somme de 800 millions d’euros, alors avancée, était surévaluée.


Aéroport de Notre-Dame-des-Landes : 50 ans de bras de fer

Naissance d'un projet ambitieux

1965 – 1970
C'est en 1965 que le préfet de Loire-Atlantique décide d'entamer la recherche d'un nouveau site aéronautique pour les Pays de la Loire et la Bretagne, Nantes-Saint-Nazaire faisant alors partie des « métropoles d'équilibre » destinées à faire contre-poids à l'hypercentralisation parisienne. En 1967, la zone de Notre-Dame-des-Landes est jugée la plus intéressante par le Service technique des bases aériennes. Validée en 1970 par le Comité Interministériel d'Aménagement du Territoire (Ciat), l'idée de faire de Nantes un « Rotterdam aérien » en misant sur le fret fait son chemin. 
 
  1. Les opposants se fédèrent

    1973
    Création de l'Adeca, «Association de Défense des Exploitants Concernés par l'Aéroport», première association d'opposants au projet. Ces agriculteurs jugent le projet inutile, coûteux pour le contribuable et destructeur pour l’'environnement.

  1. Création d’une zone d’'aménagement différé

    1974
    Une zone d'aménagement différé (ZAD) est créée par arrêté préfectoral, entraînant pendant 20 ans la préemption progressive de terres par le conseil général. Le département de Loire-Atlantique se porte alors acquéreur d'une surface de 1225 ha sur les communes de Notre-Dame-des-Landes, Vigneux-de-Bretagne, Grandchamp-des-Fontaines et Treillières. Mais le choc pétrolier bouleverse la donne économique et le projet est alors mis en sourdine.

  1. Le TGV à Nantes

    1989
    Alors que le TGV arrive à Nantes, le projet d'aéroport n'est plus du tout d'actualité.

  1. Le gouvernement Jospin ressort l'idée des cartons

    1999 – 2000
    Il faut attendre le début des années 90 pour que l'idée de grand aéroport ressorte des cartons, pour prendre le relais de l'aéroport actuel de Nantes-Atlantique, jugé trop « petit » à long terme. En octobre 2000, le gouvernement Jospin prévoit la réalisation d' « un nouvel aéroport, en remplacement de Nantes-Atlantique, sur le site de Notre-Dame-des-Landes ».

Une nouvelle association d'’opposants voit le jour

2000
L'Association citoyenne intercommunale des populations concernées par le projet d'Aéroport de Notre-Dame-des-Landes (ACIPA), prend la tête de la contestation du projet. Au fil des ans, ces militants sont soutenus par un nombre croissant de sympathisants. Selon eux, le coût du nouvel aéroport a été sous-estimé, de même que les possibilités d'agrandissement de l'actuelle plateforme. 
  1. L’'utilité publique reconnue mais contestée en justice

    2008
    La déclaration d'utilité publique (DUP) est publiée le 10 février 2008, après avis favorable de la commission d'enquête. Grenelle de l’'environnement oblige, le décret est pris sous réserve que cet aéroport réponde aux critères de haute qualité environnementale. Contesté par la suite devant le Conseil d'Etat, ce décret sera confirmé en 2009, en 2010 et en 2013.
 
  1. Vinci obtient le chantier, les opposants déposent des recours en justice.

    2010
    Le groupe Vinci obtient la conception, le financement, la construction et l'exploitation du futur aéroport durant 55 ans. Ce choix donne également lieu à plusieurs recours devant le conseil d'Etat. Mais la justice les rejettera tous à l'été 2012.

Affrontements entre policiers et «zadistes»

16-oct.-12
La fin de l’'année 2012 est marquée par des incidents violents entre opposants et forces de l’'ordre. Des militants anticapitalistes, venus de toute la France, occupent le site rebaptisé «Zone à défendre». En octobre, une importante opération d'expulsion de ces «zadistes» est menée dans des fermes squattées. Plus d'un millier de policiers et gendarmes sont engagés pendant plusieurs semaines. Des fermes occupées sont détruites, sur fond d'affrontements. Des milliers de personnes continuent de converger à Notre-Dame-des-Landes et plusieurs manifestations sont organisées. 

Hollande réaffirme la volonté de l'’Etat

16-nov.-12
Elu président depuis mai, François Hollande réaffirme son soutien au projet d’aéroport : «Il n'y a pas de manquement à quelque engagement que ce soit puisque, lorsque j'ai été interrogé comme candidat à l'élection présidentielle, j'ai toujours dit que j'étais favorable à cette plate-forme aéroportuaire», souligne-t-il. 

Les opérations d’'expulsion suspendues

24-nov.-12
Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault, ancien maire de Nantes favorable au projet, est mis en difficulté par les tensions qui entourent ce dossier. Il annonce la création d’une «commission du dialogue» dont le but est «d’entendre toutes les parties prenantes». Le 9 avril 2013, cette commission conclut à l'utilité du projet mais recommande une amélioration de ses mesures de compensation environnementales. 

Nouvelles manifestations marquées par des violences

2014
Le 22 février 2014, une manifestation anti-aéroport à Nantes rassemble entre 20 000 et 60 000 personnes et se termine dans la violence. A l’'automne, de nouveaux affrontements ont lieu lors de rassemblements d'’opposants. 

Des divisions au sein du gouvernement

2015
Au début de l’année 2015, après deux ans d’'accalmie sur ce dossier sensible, François Hollande répète que le projet sera lancé «quand les recours seront épuisés». Néanmoins, le sujet divise au sein du gouvernement. Au mois de mars, la ministre de l’Ecologie, Ségolène Royal, se prononce pour un «référendum local» et la recherche d’'un «plan B» renforçant l'’actuel aéroport. Un mois plus tôt, en février, le Conseil scientifique du patrimoine naturel et de la biodiversité (CSPNB), dépendant du ministère, a émis un avis défavorable au projet qui détruirait des zones humides précieuses. Sur la Zad, la tension est toujours là : des scientifiques et des journalistes sont pris à partie. 
  1. La justice déboute les opposants

    17-juil.-15
    La Cour de Cassation rejette en juin les pourvois contre les ordonnances d'expropriation de janvier 2012. Le 17 juillet 2015, nouveau coup dur pour les écologistes : le tribunal administratif de Nantes rejette les recours contre les arrêtés préfectoraux autorisant les travaux. Les opposants font appel. Le Premier ministre Manuel Valls se félicite de cette décision : le projet «va pouvoir se poursuivre» dans «un souci d'excellence environnementale».
  1. Hollande et Valls s'impatientent

    13-oct.-15
    « A un moment, il faudra faire cesser cette zone de non-droit, affirme François Hollande à Saint-Nazaire le 13 octobre. La loi doit être respectée. Il y a eu l'épuisement des recours, il faudra engager les procédures. » Manuel Valls enfonce le clou devant le Sénat quelques jours plus tard : « Notre pays est un Etat de droit. Une fois que la justice a tranché, ses décisions doivent pouvoir se mettre en oeœuvre.»
 
  1. La reprise des travaux est annoncée

    30-oct.-15
    Après deux ans de pause, le projet d’'aéroport de Notre-Dame-des-Landes repart de l'’avant. Le 30 octobre, la préfecture de Loire-Atlantique annonce la reprise des travaux pour 2016. Cette annonce, à quelques semaines des régionales et de le COP21, déplaît à Ségolène Royal, ministre de l’'Ecologie, que son entourage décrit comme «furax.»
 
  1. Les procédures d'expulsions reprennent

    Novembre – décembre 2015
    En novembre et décembre, le concessionnaire du futur aéroport, Aéroports du Grand Ouest (AGO), filiale de Vinci, lance les procédures d'expulsion à l'encontre de onze familles et de quatre exploitants agricoles. Les opposants y voient un non-respect des engagements de François Hollande. Ces procédures sont suspendues le 10 décembre, juste avant les régionales, remportées par Bruno Retailleau (LR), ardent défenseur d'’un nouvel aéroport.
 

Les opposants ne lâchent rien

09-janv.-16
Entre 7 200 et 20 000 personnes manifestent sur le périphérique de Nantes quatre jours avant une audience au tribunal de Nantes sur l’'expulsion de onze familles encore présentes sur le site du futur aéroport. 
  1. Expulsion confirmée des dernières familles de la ZAD

    25-janv.-16
    Le tribunal de grande instance de Nantes confirme l'expulsion des derniers occupants «historiques» des terrains prévus pour accueillir le futur aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Cette décision, réclamée par une filiale de Vinci, concerne onze familles et quatre agriculteurs.
  1. Hollande annonce un référendum local

    11-févr.-16
    Au soir du remaniement qui voit entrer trois écologistes dans le gouvernement, le président de la République dit qu'il souhaite que soit organisé d'ici au mois d'octobre «un référendum local» sur l'aéroport, pour sortir du «blocage» sur ce dossier.
 

Importante manifestation des opposants

27-févr.-16
Alors que le débat fait rage sur les modalités du référendum et son périmètre, les opposants manifestent sur les 2X2 voies Nantes-Vannes et Nantes-Rennes. Ils sont entre 15 000 (selon la préfecture) et 50 000 (d’après les organisateurs). Une station Total est vandalisée. 
  1. Valls confirme la tenue du référendum en juin en Loire-Atlantique

    15-mars-16
    Le Premier ministre confirme le projet annoncé par le président le 11 février. Seuls les habitants Loire-Atlantique pourront participer au référendum local. Il ne fournit pas la date exacte ni l’énoncé de la question qui sera posée aux citoyens. Quelques jours plus tard, Manuel Valls appelle les opposants à l’aéroport à cesser les «arguties juridiques».
 
  1. Les modalités du référendum désapprouvées par les associations

    25-mars-16
    Le Conseil national de la transition écologique (CNTE) rend un avis négatif sur les modalités du référendum local proposé par le président et le gouvernement. Il conteste notamment le périmètre du vote, jugé trop restreint. Le CNTE rassemble des associations environnementales, des représentants du patronat, des syndicats, des consommateurs et des élus. Son avis n’a qu’une valeur consultative mais il pèse dans un processus de démocratie participative.
 
  1. Dernier délai pour huit des onze familles expulsées

    26-mars-16
    En vertu de l’ordonnance d’expulsion prononcée le 25 janvier, les derniers occupants des lieux ont jusqu’à ce jour pour quitter les lieux du chantier, sans astreinte financière. Mais en attendant l’issue du référendum local, le calendrier des travaux est en suspens.
  1. Ségolène Royal annonce la date du 26 juin pour le référendum

    05-avr.-16
    La ministre de l’Environnement confirme la date de la consultation locale sur le projet de nouvel aéroport. Seuls les habitants du département de Loire-Atlantique pourront participer. La question officielle est publiée dans un décret le 24 avril. Elle est la suivante : « Êtes-vous favorable au projet de transfert de l’aéroport de Nantes-Atlantique sur la commune de Notre-Dame-des-Landes ? La campagne entre partisans du « non » et du « oui » est lancée.
 
  1. La synthèse des arguments des pour et des contre publiée en ligne

    09-juin-16
    La commission nationale du débat public (CNDP) publie sur Internet (https://nddl-debatpublic.fr) une synthèse des arguments pour ou contre le transfert de l’aéroport de Nantes vers Notre-Dame-des-Landes. Ce travail est le fruit de 130 auditions menées par la CNDP. Le document donne aussi la parole aux experts des deux camps. Mais il ne porte que sur le projet initial, comportant deux pistes d’atterrissage, et non celui annoncé par Ségolène Royal début avril, réduit à une piste.
 
  1. Le «oui» à l'aéroport l'emporte, avec 55,17% des voix

    26-juin-16
    Les habitants de Loire-Atlantique disent massivement «oui» à la construction de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, en votant à 55,17% pour ce projet controversé, lors d'une consultation inédite en France. La participation s'établit à 51,08%. François Hollande «se félicite du succès» de la consultation et promet que le résultat «sera respecté».

Des milliers d'irréductibles manifestent

08-oct.-16
Entre 12.800 et 40.000 opposants au projet d'aéroport se rassemblent bâton à la main sur la Zad pour montrer que leur détermination reste intacte en dépit de l'autorisation des travaux et de rumeurs grandissantes d'évacuation. Parmi eux notamment les candidats à la primaire écologiste en vue de l'élection présidentielle Cécile Duflot et Yannick Jadot. 
  1. Royal veut «arrêter les frais»

    16-oct.-16
    La ministre de l'Environnement, Ségolène Royal, tacle lourdement le projet d'aéroport. «Il s'agit ici d'un ouvrage qui coûtera entre 800 millions et 1 milliard d'euros, rappelle-t-elle au JDD. Aujourd'hui, un tel projet, qui remonte à des années, mal engagé, ne serait pas autorisé». La sortie provoque la colère du Premier ministre, Manuel Valls : «Ne pas évacuer la zone, suite au référendum, ça serait un affaiblissement de l'autorité et un affaiblissement de la démocratie».
  1. Le rapporteur public préconise l'arrêt des travaux

    06-nov.-16
    Le rapporteur public de la cour administrative d'appel de Nantes, dont l'avis est généralement suivi, préconise l'annulation de quatre arrêtés préfectoraux indispensables à la poursuite des travaux. Selon ses conclusions, le projet d'aéroport viole plusieurs articles du Code de l'Environnement.
 
  1. Les arrêtés autorisant les travaux validés

    14-nov.-16
    Fait rare, les juges de la cour administrative d'appel de Nantes vont à l'encontre des préconisations du rapporteur public et valident les arrêtés autorisant les travaux. Dans la foulée, des opposants annoncent vouloir déposer un recours non suspensif devant le Conseil d'Etat.
 
  1. Le gouvernement renonce à évacuer la ZAD

    09-dec.-16
    Alors que l'évacuation de la ZAD devait avoir lieu à l'automne, le Premier ministre Manuel Valls renonce. Le gouvernement invoquait la nécessité de clarifier un contentieux avec Bruxelles, la France étant mise en demeure par la Commission européenne. Des zadistes occupent toujours les 1 200 hectares de terrain.

  1. Bruxelles lève un obstacle au chantier

    27-avr.-17
    La Commission européenne classe sans suite la procédure d'infraction contre la France. En 2014, Bruxelles avait envoyé une lettre à Paris pour non-respect de la réglementation européenne, première étape de cette procédure d'infraction

Trois médiateurs nommés

18-mai-17
Pour sortir de l'impasse, le nouveau gouvernement d'Edouard Philippe nomme trois médiateurs en juin 2017 chargés de rédiger un rapport. lIl s'agit de a préfète Anne Boquet, l'ingénieur Michel Badré et l'ancien pilote Gérard Feldzer. Le Syndicat mixte aéroportuaire (SMA), qui regroupe des collectivités et associations qui soutiennent le projet, dénonce la nomination des deux derniers, «opposants notoires au projet». 
  1. Deux solutions, un choix à faire

    21 décembre 2017
    Les trois médiateurs choisissent, dans leur rapport rendu au président et au gouvernement, de ne pas prendre position pour ou contre l'aéroport. Ils compilent les avantages et inconvénients des deux solutions, la construction prévue initialement à Notre-Dame-des-Landes ou le réaménagement de Nantes-Atlantique, et laissent à l'exécutif le soin de choisir.

Dernière ligne droite

13 janvier 2018
Après avoir reçu en dix jours une centaine d'élus du grand ouest pour une consultation finale, Edouard Philippe se rend dans le plus grand secret à Notre-Dame-des-Landes, un habile déplacement pour éviter de paraître hors-sol au moment de prendre une décision difficile. Il assure d'ores-et-déjà que la décision imminente de l'exécutiif sera « mauvaise » pour l'un ou l'autre camp. Quoi qu'il en soit, le gouvernement promet déjà à ce stade d'évacuer la ZAD... 
  1. Le projet abandonné

    17 janvier 2018
    Le 17 janvier 2018, le Premier ministre annonce finalement l'abandon du projet, auquel est préféré l'extension de l'aéroport existant, ainsi que celui, voisin, de Rennes. Le chef du gouvernement annonce le déblaiement immédiat de la route bloquée par les zadistes et laisse trois mois aux derniers récalcitrants pour quitter les lieux. Refermant ainsi le plus vieux conflit environnemental du pays.

La ZAD évacuée

9 avril 2018
Comme annoncé trois mois plus tôt, un contingent de gendarmes procède ce 9 avril 2018 à la destruction des derniers squats et à l'expulsion des derniers zadistes encore présents. 
 
Emilie Torgemen
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D) Le grand entretien avec Édouard Philippe : « Je crois à ce que nous faisons pour la France »

Après la nouvelle attaque terroriste dans la soirée du 12 mai à Paris, le Premier ministre rappelle la création de plus de 10 000 postes de policiers et gendarmes durant le quinquennat. Édouard Philippe insiste sur sa relation « de très grande confiance avec le président de la République ». Sur la réforme de la SNCF, s’il se félicite de la poursuite des négociations, il martèle les trois points sur lesquels il ne transigera pas, dont « la fin du recrutement au statut pour les cheminots ».
 
La France vient de vivre une nouvelle attaque terroriste. Quelles mesures supplémentaires pouvez-vous prendre pour garantir la sécurité ?
Édouard Philippe : « Je ne veux pas tomber dans le travers dans lequel sont tombés certains de nos prédécesseurs qui consiste à penser que chaque événement appelle une nouvelle loi. Nous sommes sortis de l’Etat d’urgence sans baisser la garde avec la loi Sécurité intérieure et de lutte contre le terrorisme. Les services de renseignement déjouent des attentats. Ils le font évidemment en toute discrétion. Pour rendre leur travail plus efficace, nous avons pris un certain nombre de mesures : création d’une coordination nationale du renseignement et de la lutte contre le terrorisme, recrutement de forces de l’ordre et de personnels dans le renseignement pénitentiaire. Ce sont des engagements importants : 10 000 postes de gendarmes et de policiers seront créés dans le quinquennat, dont 1 900 pour les services de renseignement. La priorité, c’est d’améliorer notre capacité à renseigner, surveiller et agir, pas de changer le cadre législatif ».

Fallait-il sortir de l’état d’urgence ?
« Oui. Par définition, il s’agit d’une situation exceptionnelle. Pour en sortir, nous avons doté notre pays des instruments juridiques qui lui assurent un très haut niveau de sécurité. Pouvons-nous dire que ces mesures empêcheront toujours et à jamais la commission de nouveaux attentats ? La réponse est non. On voit bien que les derniers attentats qui ont eu lieu sont des actes très individualisés avec des moyens matériels extrêmement réduits. J’observe les événements dans l’Aude, à Trèbes, ou à Paris le week-end dernier : à chaque fois, la réaction des forces de police et de gendarmerie a été extrêmement rapide et efficace. Notre objectif, c’est de toujours élever notre niveau de vigilance, et leur donner plus de moyens pour que le dispositif fonctionne encore mieux et soit toujours plus efficace. Face au risque terroriste, le gouvernement conserve une concentration de tous les instants ».

Comment qualifiez-vous ce que propose Laurent Wauquiez, président des Républicains. Mesures démagogiques, populistes ?
« Sur ce sujet comme sur d’autres, ses propositions se rapprochent d’une partie extrême du spectre politique. C’est son choix. Ce n’est pas celui que nous avons fait ».

Dans l’épisode 2 du documentaire que Laurent Cibien vous a consacré (Édouard mon pote de droite 2, N.D.L.R.), vous compatissez devant l’image de Manuel Valls et vous dites, « ça doit être dur d’être Premier ministre ». Est-ce que c’est dur d’être chef du gouvernement et êtes-vous un Premier ministre heureux, un an après votre nomination ?
« Je ne pense pas que les Français soient très intéressés par le fait de savoir si je suis un Premier ministre heureux ou malheureux. La question, c’est de savoir si le travail est bien fait. Mes états d’âme, si j’en avais, tout le monde s’en ficherait et à juste titre ! Ceci étant, oui, je suis heureux de faire ce que je fais. Quant à savoir si c’est dur... Je pense que quand on le fait, et c’est mon cas, dans une relation de très grande confiance avec le président de la République, de très grand soutien de la majorité parlementaire, de très grande solidarité avec les membres du gouvernement, c’est beaucoup moins difficile que dans d’autres circonstances. Je crois à ce que nous faisons pour la France ».

Vous n’êtes pas dans « l’enfer de Matignon » ?
« Je réfute complètement ce terme. Michel Rocard, qui l’avait employé, était dans une tout autre situation. Il y a beaucoup de gens qui ont un quotidien bien plus difficile que le mien ».

Vous avez personnellement repris le dossier de réforme de la SNCF... Pour en finir avec une situation aujourd’hui totalement bloquée ?
« C’est un dossier éminemment interministériel auquel je porte une attention toute particulière depuis le début. Nous sommes dans une réforme ambitieuse et les Français sont confrontés à une grève qui dure, j’en ai parfaitement conscience. L’impact sur les Français – et singulièrement sur les Normands – est considérable. Ce n’est pas un hasard : cette grève est conçue pour avoir l’impact le plus fort possible sur les usagers. Mais cette réforme est indispensable parce que chacun constate que le système ferroviaire fonctionne de moins en moins bien. Tout le monde le vit sur les petites lignes et sur les trajets majeurs comme Le Havre-Rouen-Paris et Cherbourg-Caen-Paris, que ce soit en termes de qualité de service, de confort, de régularité... Le service public s’est dégradé et personne ne peut le nier. La réforme ferroviaire sera positive pour la SNCF comme pour les usagers. La concurrence mettra à leur disposition plus de trains, plus ponctuels et à un meilleur prix ».

Quels sont les points sur lesquels vous ne négocierez pas ?
« Nous ne reviendrons pas sur les trois mesures clés : l’ouverture à la concurrence, la transformation de la SNCF et la fin du recrutement au statut pour les cheminots. Je veux redire ici ma fermeté complète, tranquille, sans agressivité. Mais il y a matière à discussion. Les concertations avec les organisations syndicales ont commencé en février et un certain nombre de leurs arguments ont été repris dans des amendements à l’Assemblée nationale. Le texte a été adopté par 464 voix sur 577. Une majorité écrasante, bien au-delà de notre majorité parlementaire. Le Sénat va être saisi à la fin du mois de mai. Il votera au début du mois de juin. Nous continuons de discuter d’un certain nombre de modalités de la réforme, notamment des conditions de reprise de la dette et de la future convention de branche. Je suis attaché à l’intensité du dialogue dans la période actuelle, sans transiger avec les grands principes de la réforme ».

Les cheminots ont lancé le 14 mai une consultation interne. Quelle valeur le gouvernement va accorder à cette consultation ?
« Je suis à l’écoute, je reçois tous les messages. Mais le service public appartient à tous les Français. Il y a quelque chose de curieux à imaginer que seuls les cheminots seraient légitimes à s’exprimer sur la SNCF, surtout au moment où on se pose la question du montant de la dette que reprendront les contribuables, qui financent déjà davantage le système que les usagers. Et puis on ne peut pas comparer les résultats d’une pétition au vote du parlement français, élu par plusieurs dizaines de millions de concitoyens. C’est au Parlement que s’exprime la légitimité démocratique ».

Un dossier normand et havrais qui inquiète, c’est celui de l’éolien en mer, le gouvernement a engagé une renégociation avec les opérateurs. L’avenir des usines du Havre est toujours en suspens. Où en êtes-vous sur ce sujet et quand en sortira-t-on ?
« On veut construire des éoliennes offshores parce que nous souhaitons que le mix énergétique français soit moins dépendant du tout nucléaire et plus orienté vers les énergies renouvelables. Cela ne veut pas dire qu’on supprime tout le nucléaire, mais qu’à horizon de 15-20 ans, la part du nucléaire diminue et que la part du renouvelable augmente significativement.
Six projets ont été sélectionnés depuis 2011 mais les coûts ont bien baissé depuis. Aujourd’hui, lorsqu’on installe des champs d’éoliennes en mer dans le nord de l’Europe, ça coûte moitié moins que pour les projets français. Je ne veux pas de cela. J’ai dit clairement à l’ensemble des acteurs de la filière qu’il fallait tenir compte des progrès technologiques et en faire profiter le contribuable français. ».

Que vous disent les opérateurs ?
« Nous avons engagé une discussion intense avec eux et je verrai quelles seront les propositions de diminution de prix. Si elles sont à la hauteur des attentes légitimes des Français, les projets se dérouleront dans les conditions qui auront été renégociées et ce sera positif pour tout le monde. Je suis, vous l’imaginez bien, extrêmement soucieux que ça se traduise par une présence industrielle sur l’ensemble de la France et singulièrement au Havre qui constitue de l’avis des opérateurs un très bon site, même si à la place où je suis je ne privilégie aucun site en particulier. Si ces négociations ne donnent pas lieu à des efforts suffisants, dans ce cas, sans revenir sur le projet de développement des éoliennes offshore, il faudra en tirer les conséquences contrat par contrat ».

A-t-on une date ?

« Je n’ai pas l’habitude de donner une date de fin des négociations. ».

« Les cheminots ne sont pas les seuls légitimes à s’exprimer sur la SNCF »

« Mes états d’âme, si j’en avais, tout le monde s’en ficherait et à juste titre ! »

« Nous avons un bon dispositif juridique, un bon dispositif policier »

« La grève a été conçue pour être la plus gênante possible »

Stéphane SIRET 




E) Nicolas Hulot : « Tant que l’on fera avancer l’écologie, je resterai »

Au bout d’un an, le ministre de l’Écologie dresse un premier bilan de son action. S’il reconnaît s’inscrire dans un temps long, il alerte aussi sur l’urgence de certaines situations. Son quotidien ? Jongler entre le compromis et les convictions.
Nicolas Hulot porte toujours une chemise à col Mao et n’abuse pas trop de la cravate. Nous l’avons rencontré mardi 15 mai 2018 dans son vaste bureau du ministère de l’Écologie. Son discours reste celui d’un homme conscient des dangers qui guettent notre planète.
Au bout d’un an d’exercice du pouvoir, il a pourtant connu les méandres du compromis politique, les piques de la critique et les attaques sur sa vie privée. Ces dernières l’ont blessé, les autres lui servent d’aiguillon.
Les ONG dont il faisait partie avant déplorent que le dossier sur la réduction du nucléaire patine, que la défense de la biodiversité manque d’actions concrètes. Estiment qu’il s’est fait trop discret sur le dossier Notre-Dame-des-Landes. À l’inverse, les partisans de l’aéroport le présentent comme un habile manipulateur. Lui répond en regardant le long terme.
Le ministre rêve d’une France qui carbure aux énergies renouvelables et à l’agriculture raisonnée. Son ambition : mettre sur les rails une politique qui rende irréversibles les changements. Il le sait, le regrette parfois, cela va prendre du temps. Tant qu’il garde la foi dans cette lutte, il restera au gouvernement. Si le feu sacré ne l’enflamme plus. Il partira.

L’an passé, à la même époque, vous quittiez la société civile pour le Gouvernement avec le sentiment de plonger dans « une rivière en crue ». Qu’en est-il aujourd’hui ?
Ma notion du temps a changé. L’exercice de cette fonction est tellement intense que cette année me paraît être un mois. Le répit n’existe pas. C’est un marathon sans fin. Il faut administrer les dossiers au quotidien mais aussi être à l’écoute des différents acteurs de la société pour ne pas s’assécher et s’isoler. Se projeter dans l’avenir et garder le temps de la réflexion.

« Cela ne va jamais assez vite »

Est-ce tenable ?
Je ne me plains pas mais cela pose la question, pour moi comme pour l’ensemble de nos sociétés, « comment s’adapte-t-on à l’intensité et à la précipitation du temps » ? Comment faire en sorte, dans ce tourbillon, que la science et la conscience se resynchronisent. Quand on est happé par cette cadence, il faut s’interroger sans cesse : faisons-nous les bons choix ?

Et alors, vous avez ce sentiment ?
L’exercice du pouvoir génère forcément un sentiment de frustration. Cela ne va jamais assez vite… Mais notre action est là pour mettre en mouvement, orienter la société. On doit gérer le court et long terme mais aussi cette contradiction profonde qui fait le charme de l’humain : on veut que les choses changent en profondeur mais on est tous rétifs quand le changement nous impacte directement…

Sur quels dossiers les choses ont-elles vraiment avancé ?
Dans le domaine de la santé et de l’environnement, on a changé d’état d’esprit. On n’est plus dans le déni sur la dangerosité de certaines molécules que l’on trouve dans l’air ou dans l’alimentation. Nous avons acté deux principes : celui de bioaccumulation et celui de l’effet cocktail. Cela va nous permettre d’adapter nos méthodes pour évaluer la dangerosité de certaines substances pas seulement en fonction de la dose mesurée mais éventuellement de l’effet qu’elles peuvent produire une fois combinées entre elles. Les positions que l’on a prises sur le glyphosate ou les perturbateurs endocriniens ont d’abord été isolées au niveau européen. Mais la France est moteur sur ces sujets et la situation évolue.

Qu’en est-il de la sortie des énergies fossiles ? Est-ce vraiment réaliste ?
Elle est « crantée ». Le principe est de lancer un processus d’irréversibilité. Le plan climat avec la neutralité carbone en 2050, la fin des véhicules thermiques en 2040, la loi hydrocarbure qui signe le glas des nouvelles explorations d’énergies fossiles, tout cela crée les conditions de cette sortie. Pour une fois, j’ai le sentiment que tout le monde regarde dans le même sens ! Même si tous n’avancent pas au rythme que l’on pourrait souhaiter. Certains disent que je suis toujours insatisfait. Je ne le suis pas de nature, mais j’ai une conscience aiguë de la situation planétaire et je sais que les années qui arrivent détermineront le sort de l’humanité. Il faut agir activement tant sur le front du dérèglement climatique que sur celui la biodiversité.

Mais le temps politique, celui d’un quinquennat, peut-il s’adapter à cette vision à moyen ou long terme ?
Le long terme ne figure pas dans le scope de nos sociétés. Chaque citoyen peut être légitimement en proie à des inquiétudes, des souffrances immédiatement palpables et moi j’évoque des menaces qui peuvent sembler aléatoires ou éloignées dans le temps. Je suis en permanence à la croisée d’injonctions contradictoires : faut-il supprimer telles ou telles activités polluantes et mettre immédiatement au chômage des centaines de personnes ? Chaque jour, je me retrouve confronté à ce type de dilemme.

C’était un peu le cas pour Notre-Dame-des-Landes ? Fallait-il bafouer le travail des élus en donnant raison aux opposants ?
Deux vérités et deux sincérités s’affrontaient. Très peu d’acteurs étaient de mauvaise foi. En revanche, je condamne les comportements violents et radicaux qui ont bafoué l’ordre public. Le seul regret à avoir, dans cette affaire, est que l’on n’ait pas suffisamment pris en compte, dès le départ il y a plus de vingt ans, les arguments des opposants. Ils interpellaient sur le statut des terres agricoles qui deviennent des terres rares, sur la nécessité de préserver les zones humides et l’ensemble de la biodiversité… D’autre part, dans une période budgétaire contrainte, ils interrogeaient sur la nécessité de ce type d’investissements par rapport aux enjeux sociaux et environnementaux. Cela me semble assez salutaire de se poser toutes ces questions. On les a trop souvent caricaturées… Les combats des écologistes ont souvent été tournés en dérision. Pourtant, l’avenir leur a toujours donné raison.

« On doit améliorer les principes de la démocratie participative »

Va-t-on tirer les leçons de tout ça ?
On doit améliorer, en amont des projets, les principes de la démocratie participative. Qu’on écoute et que l’on évalue sérieusement toutes les alternatives… Souvent, les débats publics ne sont que des formalités ou des habillages pour entériner des décisions déjà prises. D’autre part, traitons avec un peu moins de mépris, au motif qu’ils ne rentrent pas dans les standards de la société, tous les lanceurs d’alerte.

Au-delà des alertes, il faut faire face à une forme de radicalisation…
Est-elle vraiment plus dense ? Il y a toujours eu des combats du temps de chaque gouvernement… Le nôtre souhaite, à juste titre, accélérer un certain nombre de réformes. Il faut lui laisser le temps de faire la démonstration de la pertinence de ses choix. On ne peut pas reprocher à Emmanuel Macron de mettre en œuvre ce pourquoi il a été élu. Prenons la réforme de la SNCF… Pas besoin d’être un prix Nobel d’économie pour comprendre qu’une entreprise aussi endettée, dont l’organisation n’est pas adaptée aux enjeux du 21ème siècle, a besoin d’une réforme en profondeur pour éviter une déliquescence totale… Je distingue les revendications purement politiques ou de posture de celles qui sont des inquiétudes compréhensibles de salariés pour leur emploi. Dans le monde en ébullition qui est le nôtre, j’appelle à la prudence ceux qui soufflent sur les braises et alimentent les peurs.

« Je ne crois pas à l’homme providentiel »

Vous avez aussi subi des attaques frontales de la part d’anciens amis écologistes mais aussi personnelles et violentes cet hiver. La carapace est-elle entamée ?
J’ai très mal vécu les attaques personnelles, celles qui visent ma vie privée et ma famille, et je ne les pardonnerai jamais… Celles qui touchent le ministre, elles sont nécessaires dès lors qu’elles sont empreintes d’une certaine objectivité. Ce que je déplore, mais j’ai pu fonctionner comme ça lorsque j’étais du côté des ONG, c’est de toujours voir ce qui manque dans un dispositif et rarement reconnaître ce qui est vertueux. Mais je prends ces attaques comme une exigence, elles me rappellent chaque jour l’importance de la mission. Je suis un homme de conviction mais je ne crois pas à l’homme providentiel. La place où je suis m’oblige à être dans le compromis permanent. Mais faire des compromis ne veut pas dire renoncer à nos exigences, nos ambitions.

Beaucoup disaient : « Hulot, vu son tempérament, il va tenir un an ». Qu’en est-il aujourd’hui ?
Je lis peu ce que l’on dit sur moi… Je n’ai pas le temps. Ce n’est pas une question de tempérament, je ne suis pas capricieux. Mais j’ai une telle conscience de l’urgence de la situation que je ne peux pas être dans l’autosatisfaction. Et je ne le serai jamais. Si c’était le cas, cela voudrait dire que je suis devenu cynique. En permanence, y compris au sein du gouvernement, je me bats pour faire entendre mon point de vue et pousser les dossiers. Si je ne le fais plus, je n’ai plus qu’à m’en aller. J’ai toujours dit : tant que j’ai la conviction qu’on avance et que l’on crée collectivement une dynamique irréversible alors, je resterai. Si je sens que l’on recule, je m’en irai. Je ne suis pas là pour être, je suis là pour faire.

Vous avez récemment évoqué un bilan plus complet cet été…
Chaque membre du gouvernement doit se poser les questions essentielles sur son travail. Il faut être exigeant sur notre utilité. Je m’impose cet examen à moi-même. Il faut faire un bilan sans concession et se poser la question vis-à-vis des citoyens et du président de la République : suis-je à la hauteur de ma mission ? J’ose espérer que la réponse sera oui. Mais je ne veux pas en préjuger aujourd’hui.


« L’objectif est bien de réduire la part du nucléaire »

Au bout d’un an, votre regard sur Emmanuel Macron a-t-il changé ?
Il me surprend de jour en jour par son intelligence, sa vivacité d’esprit et son énergie. Je le dis sans flagornerie. Notre relation est très spontanée et franche. Maintenant, entre lui, Edouard Philippe et moi, il y a forcément des parcours, des personnalités, des aspirations différentes. Tout cela doit se synchroniser… Chacun doit faire valoir ses arguments et ses points de vue et rien n’est jamais acquis. Je n’ai jamais imaginé que le capital sympathie autour de la cause que je porte allait servir de sésame et me dérouler un chemin de pétales de roses. C’est un combat de tous les jours.

Vous devez quand même parfois reculer les objectifs comme pour la diminution de la part du nucléaire…
Nous sommes cette année dans la programmation pluriannuelle de l’énergie. Nous avons plusieurs scénarios à l’étude et non pas un privilégié sur les autres comme j’ai pu l’entendre… L’objectif est bien de réduire la part du nucléaire et des énergies fossiles à travers la fermeture des centrales à charbon. C’est impératif. Mais sans compromettre notre sécurité d’approvisionnement je ne veux pas prendre le risque du black-out, notre système électrique est sous tensions en hiver parce qu’on gaspille encore trop d’énergie. Il faut développer massivement les énergies renouvelables. Cela peut inquiéter certains. Mais imaginons notre pays capable de pourvoir à ces besoins énergétiques à partir de sources qui, à terme, seront très peu chères et surtout infinies. Tout cela doit nous animer collectivement, les responsables politiques et les citoyens…

Est-ce réaliste ?
J’ai deux objectifs, deux graals, qui ne sont pas des utopies : souveraineté énergétique de la France à partir des énergies renouvelables et souveraineté alimentaire à partir d’un mode de production agricole qui réconcilie économie et environnement. Si j’arrive à créer les conditions pour tendre vers ces deux modèles, ma présence n’aura pas été inutile. Cela doit se faire dans des temps raisonnables qui permettent à chacun de s’y préparer.

Sur le plan international, les engagements de la Cop 21 sont-ils tenus ?
Non… pas suffisamment. Les promesses faites de mobiliser à partir de 2020, 100 milliards de dollars pour aider les pays victimes du réchauffement climatique, ne sont pas tenues, même si la France a décidé d’augmenter son aide pour les pays les plus vulnérables et que le One Planet Summit organisé à l’initiative du Président de la République en décembre a permis de mobiliser de nouveaux financements.. Par ailleurs, les émissions de gaz à effet de serre ne diminuent pas assez y compris dans notre pays. Il faut que l’on fasse plus et plus vite… Dans ce domaine, l’Europe n’a pas la même unité et la même détermination. Je travaille par exemple à entraîner nos amis allemands pour qu’ils soient en phase avec nous… Il en va de même pour la défense de la biodiversité. Je souhaite que lors du sommet mondial qui sera organisé en Chine en 2020, la communauté internationale se fixe aussi des objectifs ambitieux. Cette bataille et celle du climat doivent être menées conjointement. La France doit, là aussi, se montrer exemplaire. Lorsque l’on sait que 30 % des oiseaux ont disparu en dix ans de nos campagnes, on mesure l’ampleur de la tâche.

« L’écologie, ce n’est pas un truc de bobo »

Au quotidien, comment faire en sorte que les citoyens se sentent concernés par tous ces sujets ?
Moi je veux démocratiser l’écologie. La rendre accessible à tous. Ce n’est pas un truc de bobo, c’est une grande cause nationale. Mes premières mesures pour faire en sorte que chacun puisse faire de l’écologie, elles marchent, même si personne n’en parle. 45 000 français ont déjà choisi d’utiliser la prime que j’ai mise en place pour échanger son vieux véhicule contre un modèle plus récent, qui pollue moins et qui permet de faire des économies quand on passe à la pompe. Parmi ceux-là, on retrouve majoritairement des ménages modestes, qui touchent 2000 euros pour cette action, mais aussi des ménages ruraux, ceux qui jusque-là étaient prisonniers du diesel. Pareil quand on fait en sorte de proposer un repas sur deux bio ou de qualité équivalente dans les cantines, les crèches. Qui en bénéficiera ? Avant tout les plus modestes, ceux pour qui, malheureusement le bio est encore un luxe.

Qu’est-ce qui vous ressource aujourd’hui ?
Les rares moments où je peux travailler au calme chez moi en Bretagne en regardant la mer !

Et le kitesurf ?
Je n’ai plus beaucoup le temps….

Philippe LEMOINE
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F) La SNCF, un monde à part

Un journaliste-enquêteur de "Que choisir" a décortiqué les avantages hors du commun dont bénéficient les salariés de la SNCF. Un incroyable constat ! 

Après l'histoire du cadre payé à ne rien faire 5 000 euros par mois par la SNCF depuis douze ans, qui a fait l'actualité au mois d'août, voici l'enquête choc du magazine Que choisir parue dans son numéro de septembre. Ce magazine bien connu depuis un demi-siècle appartient à une association indépendante, l'UFC, Union fédérale des consommateurs, dont la création remonte à 1961 et dont les études et tests comparatifs font toujours autorité.
L'un de leurs enquêteurs, Erwan Seznec, a passé méticuleusement à l'infrarouge les informations disponibles sur les rémunérations à la SNCF et son premier constat est brutal : « Année après année, et malgré les réductions d'effectifs, la masse salariale y progresse nettement plus vite que le nombre de voyageurs transportés. » C'est ainsi qu'en 2003, 178 000 cheminots « se sont partagé » 7,7 milliards d'euros, soit 43 260 euros par tête. Dix ans plus tard, en 2013, ils n'étaient plus que 152 000, mais « ils ont touché » 9 milliards d'euros, soit 59 200 euros par personne, soit 4 554 euros par mois sur treize mois.

Des augmentations de 4,25 % nets par an

Explication : une des commissions des Assises du ferroviaire en décembre 2011 avait relevé qu'à la SNCF « les augmentations salariales se sont établies, en moyenne sur les dix dernières années, à un niveau annuel de 2,5 % en plus de l'inflation », soit 4,25 % nets par an, quatre fois plus que dans le privé au cours de la même période ! Erwan Seznec ajoute que, pendant ces mêmes dix ans, le taux d'encadrement y est passé d'un cadre pour 6,8 agents, ce qui est déjà anormal pour une telle entreprise, à un cadre pour 4,2 agents, ces promotions ayant été « utilisées comme moyen [détourné] d'augmentation salariale individuelle », selon un rapport interne de septembre 2014.
Dans cette enquête de Que choisir, on trouve un article spécial sur les primes « statutaires » très nombreuses et d'une folle complexité dont profitent les cheminots sous statut. On apprend ainsi que « la grille 2014 comporte neuf niveaux pour l'indemnité mensuelle informatique, plus de quinze niveaux d'allocations de déplacement, trente sortes d'allocations mensuelles forfaitaires pour défaut de logement », etc. En lisant son enquête, on a l'impression que la vie sociale, économique et financière à l'intérieur de ce monstre qu'est la SNCF est un puits sans fond de règlements aussi pointilleux qu'inutiles, d'avantages indus et de passe-droits injustifiables, le tout sous le chapeau général de « droits fondamentaux des travailleurs », droits multiples, sans limite et d'un coût exorbitant supporté par les contribuables et les clients.

3 200 médecins salariés !

On y apprend également, entre autres gabegies et lubies, que la SNCF emploie l'énorme contingent de 3 200 médecins à temps complet ou partiel et que le service central de communication occupe à lui seul 565 personnes, sans compter les services de com' des directions régionales. Selon la Cour des comptes, l'entreprise a dépensé plus d'un milliard d'euros entre 2007 et 2012 pour faire sa propre promotion, alors qu'elle n'évolue pas dans un univers concurrentiel puisqu'elle a un monopole sur le rail !
Dans cette maison, chaque fois qu'on ouvre une armoire, on découvre des situations anormales : il y a trop de monde, on y travaille moins qu'ailleurs et beaucoup moins longtemps, on y est mieux payé, les retraites sont meilleures, les primes vraiment nombreuses, les billets de train gratuits à vie pour toute la famille, le comité d'entreprise très riche… et très dépensier et, bien sûr, c'est le contribuable qui paie la différence entre les recettes normales et les dépenses excessives : chaque année en moyenne, l'entreprise reçoit plus de 12 milliards d'euros de subventions publiques pour un chiffre d'affaires de l'ordre de 30 milliards.

12 milliards de subventions annuelles

La SNCF coûte ainsi chaque année l'équivalent de plus de 1 000 euros à tous les contribuables français soumis à l'impôt sur le revenu ! Vous en voulez encore, avant l'overdose ? Voici : ce paradis des prolétaires, en plus des 12 milliards de subventions annuelles qu'il encaisse, traîne une dette globale de 44 milliards d'euros, soit 150 % de son chiffre d'affaires, et cette dette augmente automatiquement d'un milliard et demi par an : il faut bien payer les intérêts ! Si l'on sait compter, sur les dix prochaines années, à ce rythme, on arriverait à un total de : 12 de subventions + 1,5 pour les intérêts, soit 13,5 milliards par an, multipliés par dix ans égalent 135 milliards + 44 milliards de dette, soit un trou global gigantesque de 179 milliards d'euros. Question : on commence quand, à nettoyer les sales écuries de ces profiteurs de la République ?

 






Emmanuel Macron, une certaine idée du libéralisme

Dans ses discours, le président s’inscrit dans le courant du libéralisme qui puise ses origines chez les philosophes anglo-saxons.
S’il se montre aussi libéral sur les questions de société, le président de la République se fait plus centralisateur dans le domaine des institutions.
Le mot n’apparaît pas une fois dans son ouvrage Révolution, mais parade en tête des nombreux articles qui depuis des mois décortiquent le « libéralisme » d’Emmanuel Macron. Tout aussi longue est la liste des adjectifs employés pour qualifier le nouveau président, tour à tour « ultralibéral », « libéral libéré », « ordolibéral », « social-libéral », « libéral de gauche », « libéral étatique »… Cette diversité lexicale comme le silence de l’intéressé témoignent de deux difficultés majeures pour qui tente de comprendre cet héritage philosophique : la multiplicité des courants qui le composent et la réputation qu’il a d’être en lien avec une pensée de droite.

Une liberté positive, le pouvoir d’agir

Un double écueil que le candidat « et de droite et de gauche » veut éviter, imprégnant plutôt ses discours du « nouveau libéralisme » né en Angleterre au tournant du XIXe et XXe siècle, source de la « troisième voie » incarnée par Tony Blair. Selon l’analyse de la philosophe Catherine Audard (1), l’inflexion que portent alors John Stuart Mill ou Oxford Thomas Hill Green – et John Maynard Keynes après eux – est considérable. Là où le libéralisme classique envisageait un individu abstrait et coupé des autres, les nouveaux libéraux postulent une « individualité qui se développe et se perfectionne grâce à l’apport constant des autres, fondant ainsi un droit de l’individu vis-à-vis de la société qui lui doit les moyens de la réalisation de son potentiel, réalisation essentielle pour le bien-être et le progrès de tous ».

La liberté conçue précédemment comme une absence de contrainte devient « positive », définie comme pouvoir d’agir. « La tâche de l’État n’est plus seulement “négative” – protéger les individus contre les atteintes à leur liberté – mais consiste à faire leur bonheur en stabilisant l’économie et en régulant le marché mondial », commente encore Catherine Audard. L’État macronien, « investisseur social » dans une « société de la mobilité », ne paraît pas éloigné.

Accroître les libertés et limiter les inégalités

Mais « l’égalité des chances » souvent revendiquée par Emmanuel Macron prend aussi sa source dans le libéralisme égalitaire dont le philosophe américain John Rawls est la figure tutélaire (2). Dans Théorie de la justice, paru en 1971, celui-ci pose deux principes au fondement d’une société juste : accroître les libertés de base, égales pour tous, et limiter les inégalités économiques de façon à améliorer l’égalité équitable des chances et la situation des plus désavantagés. À ces exigences s’ajoute la notion de « capabilités » élaborée par Amartya Sen, prix Nobel d’économie en 1988, que la philosophe Céline Spector résume ainsi : « On ne peut pas concevoir les droits sans l’accès effectif aux droits. L’approche des capabilités prend en compte un certain nombre de vulnérabilités que John Rawls laissait de côté, comme la question du handicap – et à laquelle Emmanuel Macron porte une attention particulière. »
Ce double héritage, le président le doit à celui dont il n’a pas caché le rôle dans sa formation intellectuelle, Paul Ricœur, dont l’historien François Dosse fut le biographe (3) : « Il se présentait à la fin de sa vie comme le philosophe de l’“homme capable” et saluait chez Amartya Sen le fait d’avoir associé la liberté à un choix de vie et à une responsabilité collective. Si Macron est libéral, c’est en ce sens-là : l’État doit favoriser l’égalité des chances afin que chacun puisse réaliser ses propres capacités d’agir. »
C’est ici pourtant que certaines critiques prennent leur source et proposent une autre lecture du libéralisme à l’œuvre. « Au-delà des discours, l’égalité réelle des chances suppose des investissements massifs, souligne ainsi Céline Spector. Sinon, il s’agit seulement d’un filet de sécurité minimal que même Friedrich Hayek, théoricien du néolibéralisme, défendait pour les perdants du marché. » Si elle se garde de juger une politique tout juste amorcée, la philosophe note que les premières mesures feraient plutôt d’Emmanuel Macron un libéral classique : « Libérer le travail est un leitmotiv du XVIIIe siècle que l’on trouve chez les physiocrates en France ou chez Adam Smith en Écosse : il faut lutter contre la rente, les monopoles, les corporations qui entravent le fonctionnement du marché. Pour ces libéraux, les inégalités sont légitimes car selon la théorie du ruissellement, l’augmentation générale de l’opulence est censée profiter à tous. » D’autres avec elle, à l’instar du philosophe Michaël Fœssel (4), s’inquiètent aussi du recul conjugué de la justice sociale et du libéralisme politique, né lui aussi au siècle des Lumières, au moment où certaines mesures de l’état d’urgence sont placées dans le droit commun.

Une pratique verticale du pouvoir

Appliqué au domaine institutionnel, le libéralisme d’Emmanuel Macron s’apparente à la quête d’un équilibre entre « liberté » et « protections ». La visée, c’est avant tout l’efficacité et la rapidité de l’action. De la même façon que sur le plan économique, le chef de l’État veut libérer les « énergies », lever les « blocages » et lutter contre « l’impuissance publique ». Emmanuel Macron se montre donc ouvert : liberté pour les universités, dont il défend l’autonomie ; liberté pour les collectivités territoriales, auxquelles il propose un « pacte girondin » pour s’organiser entre elles, semblant rompre avec une vision jacobine.

Gouvernance, des méthodes de l’entreprise
Mais le président se montre aussi attaché à la conception – et à la tradition française – d’un État fort et interventionniste. Cette idée de l’État va de pair avec une pratique du pouvoir verticale, centralisatrice, voire autoritaire pour certains. Elle s’accompagne d’une gouvernance des cabinets, des ministres et des préfets inspirée des méthodes de « management » venant de l’entreprise. Dès ses premiers pas de président de la République, Emmanuel Macron a affiché sa volonté « d’incarner » une autorité et d’énoncer une direction. Au-delà du désir de rupture avec le « président normal » – idée à laquelle il ne croit pas –, le nouveau président inscrit son action dans le cadre d’un « retour à la lettre et à l’esprit de la Ve République ».



Corinne Laurent
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À la recherche d’une « flexisécurité » à la française

Emmanuel Macron le répète : sa réforme du code du travail ne peut être envisagée séparément du deuxième train de réformes dont il donne le coup d’envoi aujourd’hui en recevant syndicats et organisations patronales. Au programme : la refonte du système de formation professionnelle et de l’assurance-chômage. C’est la contrepartie affichée des nouvelles marges de manœuvre accordées aux employeurs : pour répondre aux exigences de la mondialisation et de la numérisation, ces derniers pourront aménager le temps de travail, voire les rémunérations de leurs salariés, et si besoin plus facilement s’en séparer.
Protection sociale élevée
Mais le chômage doit être en parallèle dédramatisé : les salariés, formés tout au long de la vie, devront être mieux armés pour retrouver du travail. Et les passerelles entre travail salarié et travail indépendant seront facilitées – droit à l’assurance-chômage ouvert aux indépendants, systèmes de retraite unifiés à terme… « Chacun devient entrepreneur de soi-même », résume l’économiste Anne Fretel. Cette flexisécurité à la française s’inspire en partie du modèle scandinave, qui s’accompagne néanmoins d’un très haut niveau de protection sociale et d’une sécurité de revenus. C’est le point qui inquiète aujourd’hui les syndicats : si la flexibilité est acquise, la suite des réformes, les moyens qui y seront consacrés et le maintien du système de protection sociale ne sont pas encore garantis.


Emmanuelle Réju
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Égalité et liberté en matière de mœurs

Sur le plan sociétal, deux idées d’inspiration libérale ont nourri la réflexion d’Emmanuel Macron : celle qu’il importe de donner à chacun les mêmes moyens d’avoir une vie heureuse, en vertu du principe d’égalité, et celle que l’État n’a pas à intervenir outre mesure dans la vie privée des individus. « Ma conviction personnelle est qu’il faut étendre la PMA, au nom de l’égalité hommes-femmes et du droit à l’accès à une prestation médicale », avait-il affirmé en mars 2017 dans un entretien à La Croix. « Le fait que la PMA ne soit pas ouverte aux couples de femmes et aux femmes seules est une discrimination intolérable », avait-il aussi affirmé au magazine Causette, un mois plus tôt.

Opposition ferme à la GPA
Pour Tugdual Derville, le délégué général d’Alliance Vita, la dynamique libérale de Macron rejoint une posture libertaire dont « le risque est de privilégier la réalisation des désirs individuels, au détriment des plus faibles », explique-t-il. Il estime ainsi que l’extension de la PMA aux femmes seules et homosexuelles en couple aboutirait à « la fabrication d’enfants sans père ». « Les interdits posés par la loi ont pour rôle de limiter les forts pour protéger les faibles », insiste-t-il. Mais ce libéralisme sociétal n’est cependant pas sans limite : Emmanuel Macron demeure fermement opposé à la GPA.


Loup Besmond de Senneville
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Définitions


Libéralisme. Au XIXe siècle, les libéraux se positionnaient à gauche face aux conservateurs. Au XXe siècle, avec la montée des socialismes, la majorité des partis libéraux ont glissé à droite en fusionnant libéralisme et conservatisme.

Ordolibéralisme. L’un des fondements de l’« économie sociale de marché » allemande ; il accepte l’intervention de l’État afin de garantir le bon fonctionnement du marché libéral.

Néolibéralisme. Apparu à la fin des années 1970, il prône une réduction du périmètre de l’État, en particulier de son interventionnisme social. Il a été symbolisé par Margaret Thatcher au Royaume-Uni.

Social-libéralisme. Cette recherche d’une troisième voie entre social-démocratie et néolibéralisme a été théorisée par le manifeste de Tony Blair et Gerhard Schröder The Third Way – Die Neue Mitte (1999). Appliqué dans les anciennes social-démocraties scandinaves, il est aujourd’hui représenté par Emmanuel Macron ou l’Italien Matteo Renzi.



Béatrice Bouniol






(1) Auteure de Qu’est-ce que le libéralisme ?, Gallimard, Folio, 2010. 
(2) Comme l’a notamment montré Speranta Dumitru, maître de conférences à l’université René Descartes, dans un article intitulé « Qu’est-ce que le libéralisme égalitaire ? ». 
(3) Il fait paraître le 11 octobre Le Philosophe et le Président aux Éditions Stock. 
(4) Notamment dans sa tribune « Éclipse du libéralisme politique ».


Source 






Emmanuel Macron, la nouvelle bourgeoisie et le libéralisme

Emmanuel Macron a-t-il perçu la montée d'une classe sociale nouvelle et d’une demande politique correspondante ? Qu’il l’ai perçue ou pas, il y a répondu et c’est ce qui a fait son succès ! Son offre a rencontré une demande qui restait en attente. Cette offre est libérale, mais d’un libéralisme particulier, préoccupé de justice. C'est autour d'elle que s'est agrégé un collectif cohérent. 


1. Du succès électoral d’Emmanuel Macron à la naissance d’un collectif

La campagne électorale pour l’élection présidentielle de 2017 a pris un cours étrange et imprévisible. La surenchère de la droite conjuguée à l’impopularité de François Hollande et du Parti Socialiste ont fait une place à la position centriste-libérale d’Emmanuel Macron. Il a su mobiliser la partie de la classe moyenne, politiquement et culturellement libérale, adaptée à l’évolution rapide de la société.
Par son dynamisme et son volontarisme, il a donné l' espoir d'un redressement de l'économie stagnante et d'un changement de style par rapport à ses deux prédécesseurs. Il a aussi hérité du vote de citoyens inquiets face aux dérives autoritaires et à l'irréalisme économique des candidats populistes, ainsi qu'à leur volonté de quitter l'Europe.
Emmanuel Macron a incarné l'aspiration d’une partie de l’électorat voulant "dégager" une classe politique perçue comme pantouflarde, corrompue et inefficace. Il a dépassé l’opposition gauche-droite, précisément à un moment où elle a perdu son sens. Une politique de gauche qui accroît les inégalités et dérégule la finance, fait perdre son sens au mot gauche.
Enfin, c'était le seul candidat à ne pas tomber dans la plainte et le misérabilisme d'une France en déclin, complainte désadaptée puisque que nous faisons partie des pays les plus riches du monde.
Au delà de cette analyse électorale, peut-on analyser plus profondément ce qui s’est passé ?
Il s'est formé sous nos yeux, en très peu de temps, ce que nous nommerons un « collectif », un groupement humain cohérent et pouvant persister. On peut définir ce collectif comme un ensemble de personnes interdépendantes et interagissantes, ayant un sentiment d'appartenance au groupe, en rapport avec un enjeu politique et économique. Cette appartenance s’est décidée en quelques mois, au cours de la campagne électorale, qui a permis de formuler explicitement un référent doctrinaire. Ce collectif avait pour fonctions de réaliser les tâches liées à l'organisation de l'élection.
Après la réussite de celle-ci, le collectif a fortement évolué. Son organisation actuelle est fortement hiérarchisée, puisqu'elle va du gouvernement de l’État français, jusqu'au simple sympathisant indépendant, en passant par un parti politique en voie de constitution. Il est intéressant de voir comment un collectif puissant peut se constituer en peu de temps.
Comment cela s'est-il passé ? Quelle relation s'est tissée entre une partie de la population, la personnalité du candidat et la philosophie politique proposée ?

2. Identification d’une classe sociale ?

Nous ferons l’hypothèse qu’une partie de la population s’est reconnue et s’est intégrée dans un collectif mouvant qui s'est structuré autour d'une offre politique.
De qui s’agit-il ? Il s’agit d’une population jeune, diplômée et progressiste, urbanisée, d'un niveau culturel élevé et aisée financièrement. Sur le plan professionnel, ce sont des ingénieurs, des enseignants, des cadres, des professions libérales, des chefs d’entreprise. C’est une population de travailleurs riches, jeunes, de niveau élevé, avec une forte proportion féminine.
Cela correspond aux 34 % de français qui, dans le repérage traditionnel droite-gauche, se déclarent « modérés » (selon l’enquête Cevipof Ipsos-Sopra Steria, Fondation Jean-Jaurès, Le monde, 2017) et à 20 % de la population active.
Les débats de la présidentielle ont conduit ce groupe à se reconnaître. Alors qu’il existait sur le plan social et économique, il restait jusqu’alors mal identifié et ne se définissait pas bien sur le plan idéologique.
La campagne présidentielle a produit une formulation idéologique et elle a permis à ce groupe de se poser comme classe sociale, c’est-à-dire comme un très large collectif qui se reconnaît comme tel, partage des intérêts et une idéologie commune.
On pourrait définir ce groupe comme une bourgeoisie non traditionnelle, jeune, ouverte et optimiste. Elle est réaliste sur le plan économique tout en voulant un progressisme social et culturel. Elle valorise la réussite par le travail, l’intégration sociale, l’égalité entre les sexes. Elle s’oppose à la droite traditionnelle possédante et porteuse des traditions catholiques et culturellement réactionnaire.


Luc Rouban, enquête électorale française, Cevipof, 2017.

3. Le positionnement politique d'Emmanuel Macron

Le positionnement politique s’est nettement formulé au cours de la campagne présidentielle. Il a pu se définir par opposition aux deux projets populistes de droite et de gauche, tout comme à celui de la droite traditionnelle. Cette opposition a amené une délimitation politique visible et assumée vis-à-vis des classes populaires comme avec la bourgeoisie réactionnaire.
Sur le plan politique, ce groupe s’est opposé aux projets populistes, c'est-à-dire :
  • à l’autoritarisme et au dirigisme
  • à la fermeture et au repli nationaliste
  • au passéisme et au pessimisme
et ce, à la fois sur les plans politique, culturel, social et économique.
On a assisté à un choc entre le libéralisme élitiste égalitaire, les souverainismes populaires et la droite réactionnaire dont est sorti vainqueur le mouvement "En marche". La campagne présidentielle a permis une décantation philosophique et idéologique nette.
Définissons maintenant, autant que faire se peut, le projet de philosophie politique qui a été présenté.
Le programme d’Emmanuel Macron et de son parti "En marche" conjugue trois libéralismes : le libéralisme économique, le libéralisme culturel et le libéralisme politique, à quoi s’ajoute une volonté d’ouverture et de rayonnement international de la France. Il y a là une philosophie politique cohérente qui peut servir de ciment à un collectif humain stable.
Le libéralisme proposé est un libéralisme égalitaire qui veut combiner la liberté et l’égalité dans une théorie de la justice sociale. Son représentant le plus connu, John Rawls, considère qu’une société juste doit réaliser les deux principes suivants : donner des libertés de base égales pour tous et limiter les inégalités économiques de façon à permettre le premier principe.
Dans le discours de Lyon prononcé le 4 février 2017, Emmanuel Macron a précisé son programme. On y trouve :
- La défense des libertés de base : de conscience, de travailler, d’entreprendre, d’innover et d’association.
- La défense de l’égalité des chances par l’éducation des enfants, la formation continue des adultes par la parité et par des mesures antidiscriminatoires dans les entreprises.
- La correction de la situation des plus désavantagés avec l’augmentation des minima sociaux (l'allocation vieillesse et adulte handicapé) et les mesures pour les sans-abri.
- La création d’un système universel des retraites et d’une assurance chômage universelle qui opère une égalisation des statuts.
Enfin, Emmanuel Macron a mis en évidence l’impossibilité de se soustraire à la mondialisation et de réformer localement une nation par sa fermeture. Sur le plan international, il est fermement pro-européen et décidé à ce que la France joue un rôle sur la scène mondiale.
Il s'est ainsi mis en place une offre politique nouvelle et originale qui a rencontré l'intérêt de la classe de la population que nous avons tenté de définir plus haut. Pour le résumer en peu de mots, nous dirons un libéralisme dynamique égalitaire et progressiste en rupture avec le libéralisme égoïste et réactionnaire traditionnel.

4. Les cent premiers jours du gouvernement Macron

Les contradictions internes à ce programme politique se sont faites sentir immédiatement, dès les premières décisions prises dans les mois qui ont suivi l'élection. On ne peut à la fois (le fameux « en même temps ») diminuer les recettes fiscales de l’État et maintenir les dépenses, ce qui s’est traduit par la crise vis-à-vis de l’armée, la diminution de l’allocation logement, les restrictions vis-à-vis des collectivités, etc. Les mesures fiscales en faveur du capital productif, certes favorisent l’investissement, mais favorisent aussi les 1 % les plus riches qui précisément investissent. Et si on favorise les plus riches, on accroît les inégalités et les injustices.
Pour reprendre les termes d’Edvy Plenel : « réduire la dépense publique et en même temps relancer l’économie ; réformer le marché du travail et en même temps donner de la sécurité aux salariés et aux chômeurs ; mener une politique de réformes dérégulatrices et en même temps réduire le déficit budgétaire ; atteindre les 3 % du PIB de déficit public et en même temps baisser massivement les impôts ; favoriser la justice sociale et en même temps défiscaliser les plus riches ; sauvegarder l’environnement et en même temps protéger la finance dérégulée. La liste n’est pas exhaustive et les contradictions se chevauchent aisément les unes les autres » (Edvy Plenel, Trois mois de Macron sous l’œil de Médiapart).
Sur le fond, il y une contradiction entre le libéralisme économique (liberté d'entreprendre et propriété privée du capital productif) et le libéralisme politique (liberté et égalité pour tous les citoyens), car le libéralisme économique accroît inégalitairement les richesses et provoque des injustices ; pas seulement sur le plan matériel, mais aussi sur le plan culturel, et concernant le pouvoir et la capacité d’action de chacun.
Si on rentre dans le détail, là où le diable se niche, on remarquera qu'il y a eu une inversion du calendrier. Le projet était de renforcer l’attractivité et le potentiel productif du pays, ce qui permettrait de réduire le déficit, pour ensuite faire une baisse des dépenses. Or, ce n'est pas ce qui se passe. C'est d'abord la consolidation budgétaire qui a été mise en place. Ce détail de calendirer fait que de la double inflexion dynamique et égalitaire, il ne reste rien. On est typiquement dans une politique d’inspiration néolibérale qui diminue les dépenses publiques et choisit un ajustement par l’austérité.

Conclusion provisoire

Le problème de fond posé à ce gouvernement et plus généralement en Europe est celui de la régulation du libéralisme économique. Pour l’instant, au vu des actions menées, on peut dire que le libéralisme économique de Macron reste un libéralisme traditionnel qui diminue les régulations sans apporter de correctifs. Pour l'instant, mais nous en sommes qu'au début, le gouvernement ne tient pas la promesse d'un libéralisme égalitaire, qui a séduit l'électorat en donnant l’espoir d’une société plus dynamique et « en même temps » plus juste.
L'adhésion et le sentiment d'appartenance au collectif constitué par le mouvement "En Marche" ont été motivés par une nouveauté dans la philosophie politique libérale : un dynamisme novateur associé à une égalité des chances. Le collectif qui s’est nouvellement créé va-t-il tenir, si cette spécificité disparaît ?

Patrick Juignet

Bibliographie :

Rawls J., Théorie de la justice, Paris, Éditions Points, 1997.
Rawls J., Libéralisme politique, Paris, PUF, 1995.
SAINTE-MARIE Jérôme. Emmanuel Macron incarne la réunification de la bourgeoisie. L'humanité [en ligne]. 2017. http://www.humanite.fr/emmanuel-macron-incarne-la-reunification-de-la-bourgeoisie-636080
MARTIN Virginie. La marche confirmée de la gauche vers sa gentrification . The conversation [en ligne]. 2017. http://theconversation.com/la-marche-confirmee-de-la-gauche-vers-sa-gentrification-78103
PLENEL Edwy et La rédaction de Médiapart. Trois mois de Macron sous l’œil de Mediapart. Médiapart [En ligne]. 2017. https://www.mediapart.fr/journal/france/090817/trois-mois-de-macron-sous-l-oeil-de-mediapart.