L'UNIVERSITÉ LIBERTÉ

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avril 13, 2018

#30 Diverses informations politico-socio/économique en Macronie

Ce site n'est plus sur FB (blacklisté sans motif), alors n'hésitez pas à le diffuser au sein de différents groupes ( notamment ou j'en étais l'administrateur), comme sur vos propres murs respectifs. 
D'avance merci. 

L'Université Liberté, un site de réflexions, analyses et de débats avant tout, je m'engage a aucun jugement, bonne lecture. Je vous convie à lire ce nouveau message. Des commentaires seraient souhaitables, notamment sur les posts référencés: à débattre, réflexions...

Merci de vos lectures, et de vos analyses. Librement vôtre - Faisons ensemble la liberté, la Liberté fera le reste. 
Al, 

PS: N'hésitez pas à m'envoyer vos articles (voir être administrateur du site) afin d'être lu par environ 3000 lecteurs jour sur l'Université Liberté (genestine.alain@orange.fr). Il est dommageable d'effectuer des recherches comme des CC. 
Merci


Sommaire

A) En congrès, le PS s’affirme « dans l’opposition » -

B) Les normes tuent les paysans - Collectif d’agriculteurs et d’agricultrices contre les normes - Reporterre

C) Comme si la liberté pouvait être traitée de « vide métaphysique » ! -

D) Jacques Testart : «Préserver notre espèce d’un eugénisme de masse» - ? - Le Parisien

E) Le FN perd près de 6 000 adhérents, Marine Le Pen assure que son parti va « bien » - Le Monde.fr avec AFP

F) Des salaires en or pour deux syndicalistes de la CFTC - Contribuables associés

G) Macron : l'État va reprendre la dette de la SNCF « progressivement » -

H) Michel Raimbaud : “La nouvelle guerre froide se transforme progressivement en une guerre ouverte” - Michel Raimbaud - Les Crises

I) QUE PÈSENT LES SYNDICATS ? - Dominique Andolfatto - Fondapol

J) Frontières ouvertes : un réexamen libertarien (Lew Rockwell) - Hans-Herman Hoppe, le site traduit





A) En congrès, le PS s’affirme « dans l’opposition »

Réunis en congrès, les socialistes cherchent les voies du rebond, sur fond de contestation sociale et d’intervention attendue du chef de l’État, le 12 avril.

Dans les allées du congrès du Parti socialiste, qui se tient samedi 7 et dimanche 8 avril à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), peu de figures de premier plan, pas de grands barons régionaux, pas de batailles de courants en coulisses. Après les déroutes électorales de 2017, certains ont quitté la vie politique, d’autres sont partis du PS et ceux qui restent s’attellent à l’immense chantier de leur « renaissance ».
Premier acte : les congressistes socialistes ont approuvé l’élection de leur premier secrétaire, Olivier Faure, après la proclamation des résultats définitifs des votes des 15 et 29 mars, auxquels près de 38 000 militants avaient participé.

« Prendre des risques, tous les risques »

Les socialistes ont passé une bonne partie de leur première journée de travaux à se prouver d’abord qu’ils étaient « bien vivants », à l’image du vainqueur de la récente élection législative partielle de la Haute-Garonne, le député Joël Aviragnet. « Il est rare que les morts se réunissent en congrès », a noté, non sans humour, l’ancien député Guillaume Bachelay.
Socialiste ou social-démocrate, contestataire ou non, dans l’opposition ou dans l’opposition constructive ? Les questions de l’identité et du rôle du PS ont été au cœur des échanges. « Nous sommes dans l’opposition », a tranché Rachid Temal, qui a dirigé par intérim le parti après le départ de Jean-Christophe Cambadélis à la suite des élections législatives de juin 2017. Appelant le PS à « sortir de nos zones de confort, prendre des risques, tous les risques », il a estimé qu’« aucune alternance n’est possible sans le PS, au Parlement et dans la rue ».

Être « au cœur de la bataille sociale » ?

De fait, le PS est rattrapé par le mouvement des cheminots et la contestation sociale, à laquelle les organisations de gauche prennent part. Alors que Benoît Hamon (Génération-s), Pierre Laurent (PCF) et Olivier Besancenot (NPA) participent ensemble aux manifestations contre les projets du gouvernement, la France insoumise a appelé à de grandes mobilisations contre Emmanuel Macron, à Marseille, le 14 avril, et à Paris, le 5 mai.
Le député européen Emmanuel Maurel, représentant de l’aile gauche du PS, a souhaité que le congrès soit l’occasion de « montrer que le Parti socialiste est au cœur de la bataille sociale ». Ira-t-il au « grand débordement » auquel a appelé le député insoumis François Ruffin pour le 5 mai, Emmanuel Maurel a estimé que le PS devait « être dans toutes les initiatives unitaires qui visent à dénoncer la politique d’Emmanuel Macron et à proposer une alternative ».
Pour sa part, l’ancien ministre Stéphane Le Foll a estimé que ce n’était « pas le rôle » du PS d’être dans la contestation, même s’il doit être « résolument dans l’opposition », car sa vocation est « gouvernementale ». Alors que le président Emmanuel Macron sera l’invité jeudi 12 avril du journal de 13 heures sur TF1, Stéphane Le Foll a estimé que « la présidence des riches » est devenue la marque du quinquennat. « Les socialistes sont là, a-t-il affirmé, pour rappeler que, s’il doit y avoir des réformes, elles doivent être justes. »







B) Les normes tuent les paysans

Jérôme Laronze, éleveur de Saône-et-Loire, a été tué par les gendarmes le 20 mai 2017. Il subissait des contrôles répétés de l’administration. Un collectif d’agriculteurs « contre les normes », créé à la suite de ce drame, explique dans cette tribune pourquoi il incite les paysans à refuser les contrôles.
Le Collectif d’agriculteurs et d’agricultrices contre les normes s’est constitué en raison de la mort de Jérôme Laronze.
Ils ont tué Laronze. Jérôme Laronze, éleveur en Saône-et-Loire, a été tué le 20 mai 2017 par des gendarmes. Son nom vient s’ajouter à la longue liste des victimes des forces de l’ordre. Sa mort nous rappelle que les violences institutionnelles n’épargnent personne, pas même les agriculteurs.
Jérôme était harcelé depuis des années par l’administration agricole : contrôles à répétition, pénalités, menace de saisie du troupeau… Cette répression visait à le « mettre aux normes », lui qui refusait de répondre aux injonctions de traçabilité (bouclage des animaux, bordereau de circulation, prophylaxie, etc.). La pression croissante a franchi un seuil en 2016, lorsque les services vétérinaires ont fait appel aux gendarmes pour effectuer leurs contrôles coûte que coûte.
Lors de leur dernière visite, pas moins de deux contrôleurs et quatre militaires en armes se sont présentés à la ferme par surprise. Pris au dépourvu, Jérôme a décidé de partir en cavale pour dénoncer les agissements de l’administration. Dans le Journal de Saône-et-Loire, il développait sa vision parfaitement claire de la situation : « L’hyper administration n’apporte rien aux agriculteurs, sinon de l’humiliation et des brimades. Cela ne rapporte qu’aux marchands et aux intermédiaires. Mon cas est anecdotique, mais il illustre l’ultraréglementation qui conduit à une destruction des paysans. »
Malheureusement, son échappée médiatique et politique s’est achevée sous les balles des gendarmes dix jours plus tard. Quand bon nombre de cultivateurs et d’éleveurs dépriment, abandonnent ou se suicident, Jérôme, lui, s’est opposé au système normatif et il a été abattu.

Ces normes, soigneusement agencées par les lobbys industriels, sont imposées à tous sous la forme de règlements

Alors que les services de l’État tentent de le discréditer pour excuser ses gendarmes [1], nous devons reconnaître à Jérôme sa lucidité et son courage dans ce combat qui touche tous les travailleurs de la terre. Le meurtre dont il est la victime rend la destruction des paysans plus visible que jamais.
L’ultraréglementation dont il est question s’appuie sur des normes sanitaires et environnementales dont le nombre a explosé depuis vingt ans. Elles prétendent répondre aux problèmes actuels que sont la santé publique et la protection de l’environnement. Mais ces promesses toujours déçues, masquent l’objectif réel. La gestion par les normes ne sert qu’à écrémer la population agricole pour concentrer la production et les profits.
Si la dégradation de notre environnement et de notre santé est incontestable, les normes n’ont démontré ni leur nécessité, ni leur efficacité : aucune étude ne démontre le risque supposé des pratiques paysannes ; aucun protocole industriel n’a empêché la vache folle, les algues vertes ou les lasagnes de cheval. Bien au contraire, l’industrialisation de l’agriculture s’est accompagnée de l’usage massif de produits toxiques pour la nature en général et pour les humains en particulier. La dégradation de nos conditions de vie est intimement liée au développement du modèle productiviste.
Pourtant ces normes, soigneusement agencées par les lobbys industriels, sont imposées à tous sous la forme de règlements. Le système normatif fait disparaître la singularité de chaque ferme et l’expérience du producteur au profit de procédures standardisées. Il nous réduit à de simples exécutants, dépossédés de nos savoir-faire, de nos cultures et de nos outils de travail. Il nous asphyxie financièrement et administrativement. Il dénature le sens de notre métier. Il nous transforme en travailleurs prolétarisés et nous pousse à quitter nos fermes. Il répond ainsi aux besoins de l’industrie : libérer du foncier d’un côté et de la main-d’œuvre précarisée de l’autre.
Les politiques, conseillés par les mêmes lobbys, ont mis en place des mesures financières pour accompagner les réglementations sanitaires et environnementales. Mais ces subventions et autres avantages fiscaux sont rarement accessibles aux fermes modestes car les investissements requis restent hors de portée. Seules les grosses exploitations peuvent y prétendre, et elles en profitent également pour accroître leurs énormes bénéfices en diversifiant leurs revenus (solaire, éolien, méthanisation…).

Seul un mouvement collectif permettra d’enrayer la machine qui nous broie

Ainsi, la gestion par les normes est devenue le principal levier des politiques agricoles pour éradiquer les petites et moyennes fermes, au profit de grandes exploitations et des fermes-usines. Malgré l’absence de résultat probant sur la santé et l’environnement, la combinaison des réglementations et des aides publiques donne à l’industrie les conditions et les moyens de sa prospérité. Jérôme l’avait bien compris. Il s’y est opposé et il en est mort.
Il est temps de mettre fin à cette politique mortifère. Beaucoup d’entre nous refusent de se soumettre aux injonctions de l’État. Autant d’actes de résistance nécessaires, mais difficiles à assumer seul, face à une administration répressive et une justice de classe. Le meurtre de Jérôme sonne comme un avertissement : isolés, nous disparaîtrons tôt ou tard, sous les normes ou sous les balles. Seul un mouvement collectif permettra d’enrayer la machine qui nous broie.
Le syndicalisme a montré ses limites. Empêtré dans la cogestion, il ne peut plus être une force d’opposition. Sortons de l’hypocrisie. Il n’y a rien à négocier avec l’État français et son avatar européen qui concentrent les productions et organisent les rentes de situation pour les empires agroalimentaires. Il faut les empêcher de nuire par la désobéissance collective et l’action directe.
À l’instar de la lutte contre le puçage des brebis, il nous faut rétablir un rapport de force avec l’administration en organisant une présence collective sur les fermes lors des contrôles. Cette présence a le mérite de rompre avec l’humiliation, le sentiment d’impuissance et d’isolement. Mais compte tenu de la situation, nous devons aller plus loin. Il nous faut désormais refuser les contrôles collectivement et s’assurer qu’aucune sanction n’en résulte. Refusons le système normatif qui tente de nous éliminer !

Pour rejoindre le mouvement, participer aux rassemblements et organiser la lutte, contactez-nous à l’adresse suivante : hors.norme@riseup.net





C) Comme si la liberté pouvait être traitée de « vide métaphysique » !

Francis Fukuyama a donné récemment une grande interview au Figaro sous le titre « Il y a un risque de défaite de la démocratie ». Venant de lui, auteur en 1989 du retentissant article « The end of History ? » (la fin de l’Histoire ?) – avec un point d’interrogation, il est bon de le noter – on se dit qu’il est doucettement en train de prendre acte que le consensus qu’il voyait se dégager à l’époque autour des démocraties libérales est tout aussi chahuté aujourd’hui qu’il l’était avant la chute du mur.

Fin 2015, alors que la France venait de vivre une année terrible sous les assauts du terrorisme islamiste de Daesh, c’est en pensant à sa thèse que j’avais écrit « 2015 : « La fin de l’Histoire » est encore loin ! » Alors que Fukuyama avait émis l’idée que nous serions arrivés à un point de l’Histoire (le mur de Berlin allait symboliquement tomber quelques mois plus tard) où un consensus chèrement gagné s’était fait jour parmi les hommes, celui du triomphe de la démocratie libérale sur tous les totalitarismes, les attentats venaient nous rappeler brutalement que la démocratie libérale est fragile, qu’elle est perpétuellement en danger, qu’elle est attaquée de toutes parts, qu’il faut non seulement la chérir mais aussi la défendre.

A regarder
 l’histoire occidentale depuis le siècle des Lumières, difficile de ne pas voir que le libéralisme est rapidement devenu l’ennemi à abattre et qu’il s’est toujours trouvé des combattants dévoués pour cela au sein même de nos sociétés. Les clercs trahissent en permanence, certains qu’ils sont toujours de la supériorité de leurs grandes idées. S’il faut en passer par la force pour les imposer, ils ferment pudiquement les yeux mais ne reculent pas. On ne fait pas d’omelette sans casser des oeufs, paraît-il.


Le nazisme a rapidement perdu ses attraits, mais le communisme a continué à fasciner. Quand le stalinisme a commencé à « décevoir » nos brillants intellectuels, Mao est arrivé à point pour le remplacer. Ensuite, quand le mur est tombé, l’ayatollah Khomeini, auréolé de son retour au fondamentalisme islamiste anti-Shah et anti-USA, s’est trouvé tout prêt à prendre la relève dans les esprits totalitaires orphelins. Maintenant que Cuba, Venezuela et islamisme tournent au même cauchemar, l’anti-capitalisme ne s’avoue pas vaincu pour autant. Il a même mis au point une martingale remarquable : abandonnant la violence frontale, il est parvenu à transformer les pénuries qui guettent inéluctablement les régimes collectivistes en une décroissance désirable au nom de la sauvegarde de la planète ; et tant pis pour les hommes qui ont besoin de tout pour sortir de la pauvreté.


On constate ainsi aujourd’hui que face aux totalitarismes dont Daesh est l’émanation la plus récente, la défense de nos sociétés peut aussi passer par une remise en cause de la démocratie libérale elle-même. Dès lors, il ne s’agit plus d’une défense mais d’une nouvelle attaque, venue de l’intérieur. Tout comme il est très difficile de résister à la tentation de surenchérir face au protectionnisme de certains pays, il est très difficile de résister à la tentation de réduire les libertés quand la liberté est attaquée.


En France, nous avons eu la loi Renseignement, l’état d’urgence prolongé et re-prolongé, et pour finir, la plupart des dispositions de l’état d’urgence ont été intégrées dans le droit commun, alors même que tous les spécialistes sont d’accord pour dire que le terrorisme se combat d’abord par du renseignement classique ciblé, pas par la surveillance de tout le monde. De la même façon, le récent attentat de Trèbes a relancé la demande d’internement des fichés S, mesure qui serait totalement contraire à l’Etat de droit car il s’agit de simples fiches établies par l’administration, pas d’une décision de justice à charge et à décharge.


Dans la lutte contre les totalitarismes qui voudraient nous domestiquer, c’est finalement le libéralisme lui-même qui est mis de plus en plus souvent en accusation. Tout ceci m’est revenu à l’esprit à la lecture de l’une des dernières questions du journaliste du Figaro dans l’interview précitée. Elle expose très clairement le reproche fondamental adressé au libéralisme :

« Le vide métaphysique des démocraties libérales n’est-il pas leur grand point faible ? »

Vide métaphysique, sous-entendu absence de valeurs morales, loi du plus fort, égoïsme matérialiste, voilà en gros comment une belle partie des élites et de l’opinion comprend le libéralisme. Comment pourrait-on avoir envie de se défendre des agressions extérieures dès lors que le libéralisme, en satisfaisant nos besoins matériels et ceux-là seuls, nous aurait progressivement fait glisser dans le nihilisme et le relativisme ?


On ignore quelle « métaphysique » le journaliste a en tête pour combler le vide qu’il perçoit chez ses contemporains, mais le libéralisme a justement ceci de supérieur à tout ce qu’on a pu imaginer dans les organisations humaines qu’il n’impose aucune pensée, aucune croyance, aucun mode de vie particulier. Contrairement au communisme, contrairement au nazisme, contrairement à l’islamisme, il considère que chaque homme est le mieux placé pour définir les caractéristiques de sa propre recherche du bonheur, lesquelles n’ont aucune raison d’être les mêmes pour tous.


D’où l’importance de la liberté de culte, de la liberté d’expression et de la liberté de pensée. D’où aussi l’importance de la liberté d’entreprendre. D’où le souhait d’une autorité étatique la moins dirigiste et la moins envahissante possible. Ce sont tous ces facteurs réunis qui ont permis à l’Occident d’accéder à la richesse économique, culturelle et scientifique. Pour donner un chiffre témoin des formidables progrès réalisés, on peut citer la mortalité infantile : en France, de 300‰ en 1740 et 130 ‰ vers 1900, elle est tombée à 3,7 ‰ en 2016.


Si nihilisme, il y a, c’est uniquement du côté de toutes les idéologies liberticides pour lesquelles la vie humaine ne compte pas au regard de leur domination et de leur préservation. On connaît la morbidité du nazisme, on connaît celle du communisme, on expérimente celle de Daesh ; et au vu de ce qui se passe au Venezuela, on est bien obligé de voir que là aussi, le régime n’est pas à quelques vies près. Non seulement les manifestations sont réprimées dans le sang, mais une fois de plus, l’échec complet du communisme crée une sous-alimentation qui est responsable d’une hausse effroyable de la mortalité infantile.


Il est d’ailleurs assez amusant d’entendre cette critique – classique – du libéralisme sur le thème des « valeurs », car très vite, lorsqu’on discute avec l’un de ses contempteurs, surgit l’accusation selon laquelle il maintient les gens dans la pauvreté la plus extrême et creuse les inégalités. Très vite, on vous incite à faire un tour du côté des Restos du coeur pour saisir tout le dénuement dans lequel il laisse les populations. Très vite, on vous explique que les richesses sont mal réparties et qu’il faut donc procéder à une redistribution autoritaire afin de restaurer un peu d’égalité entre les hommes.


Autrement dit, on accuse le libéralisme de rendre les hommes esclaves de leur confort matériel tout en l’accusant aussi de priver les hommes de tout confort matériel, une petite bande de riches exceptée. Non seulement je crois que l’exemple du Venezuela, encore lui, suffit à faire tomber cette objection du libéralisme facteur de pauvreté, mais admirons la cohérence des critiques qui lui sont adressé.


Ainsi, comble du « vide métaphysique » qui ronge les démocraties libérales, on voit chez nous des jeunes gens assis aux terrasses des cafés en train de siroter tranquillement des mojitos. Et pourquoi pas ? Qui dit que parmi eux, il n’y aurait pas un féru de philosophie, un expert en langues anciennes, un passionné d’histoire etc… etc…  Et qui dit que pour avoir droit de cité, il faudrait obligatoirement nourrir des aspirations culturelles et philosophiques élevées ? L’homme n’est pas réductible à ses consommations et ses loisirs, certes, mais à lui de le découvrir, animé par sa curiosité naturelle, à travers ce qu’il reçoit de sa famille, de ses rencontres et de sa formation scolaire.


A ce sujet, s’il y a lieu de se préoccuper du niveau effectivement peu reluisant de notre Education nationale, est-ce la faute du libéralisme ou celle d’une volonté socialisante forte qui refuse au nom d’un égalitarisme dévoyé de briser le monopole du mammouth et qui a trouvé le moyen de faire accéder tout le monde aux études supérieures en deux temps trois mouvements grâce au nivellement par le bas ?


Quand les terroristes de Daesh ont déboulé dans Paris pour tuer des dizaines de personnes en train de « siroter des mojitos », dîner au restaurant ou assister à un concert, ils ne se sont pas attaqué à un nihilisme, à une civilisation décadente, sans repères et sans valeur, mais à l’impudente audace d’une société développée qui croit à la liberté et qui laisse ses membres en faire usage selon leur propre responsabilité dans la limite absolue du respect de l’intégrité des personnes et de la propriété privée. Exactement ce que terroristes et totalitaires ne respectent pas. C’est d’ailleurs à ça qu’on les reconnaît.


Pas de métaphysique officielle imposée, donc, chez les libéraux – et c’est un titre de gloire. Mais un amour passionné des hommes et de leur liberté. Est-ce une valeur vaine, une coquetterie d’occidentaux sans foi ni loi trop bien nourris ? Je crois pour ma part que c’est typiquement l’une de ces valeurs précieuses qu’on ne remarque plus quand on en jouit mais qu’on reconnaît au bruit de mort qu’elles font en s’en allant. N’écoutons pas les grincheux, n’écoutons pas les donneurs de leçons. Continuons à boire des mojitos en terrasse avec nos amis et défendons nos libertés.






D) Jacques Testart : «Préserver notre espèce d’un eugénisme de masse» - ?

Dans une tribune au Parisien - Aujourd’hui en France, Jacques Testart, le «père» du premier bébé-éprouvette français en 1982, s’inquiète de la sélection génétique des embryons issus de la fécondation in vitro.

Jacques Testart, biologiste et « père » du premier bébé-éprouvette français en 1982. Coauteur, avec Agnès Rousseaux, de « Au Péril de l’humain : les promesses suicidaires des transhumanistes »*, Ed. Seuil.

« La modernité a popularisé le droit à l’enfant et commence à consacrer le droit à l’enfant de qualité. Ce dernier serait obtenu grâce à la sélection génétique des embryons issus de la fécondation in vitro (FIV), sauf si d’hypothétiques techniques de modification maîtrisée du génome devenaient disponibles. Certes, il est légitime de protéger ses futurs enfants contre les maladies graves mais l’élimination des embryons indésirables pourrait n’être qu’une illusion de garantie bonheur ou même de garantie santé pour ceux élus par le tri tant les causes d’imperfection et de frustration sont nombreuses et parfois subjectives.

Déjà on va jusqu’à choisir le sexe aux Etats-Unis ou à exclure celui qui louche en Angleterre et à refuser partout bien des caractéristiques humaines pourtant compatibles avec une vie digne d’être vécue. C’est à ce moment critique de l’histoire humaine que se profile une révolution conceptuelle permettant de générer des ovules et spermatozoïdes et donc des embryons, à partir de cellules banales comme celles de la peau. Ce qui multiplierait par 10 ou 100 le nombre des embryons accessibles au tri tout en évitant aux femmes les épreuves médicales de la FIV, c’est-à-dire que cela ferait miroiter pour tous les couples le mythe du bébé parfait choisi sans douleurs et sur des critères multiples.

Les règles de bioéthique diront-elles ce que sont les choix licites en les opposant aux choix de confort ? Les demandes seront sans fin et presque toujours soutenues par une angoisse authentique que la possibilité technique stimulera. Préserver notre espèce d’un eugénisme de masse exigerait alors que chacun comprenne l’énorme part d’illusions qu’apporte aussi l’innovation et que des interdits collectifs soient acceptés au niveau international.

Si la bioéthique sert à quelque chose, ce serait à empêcher que la puissance technique justifie le refus de toute limite. Il en va de même dans certaines situations où des homosexuels achètent une prérogative féminine (la gestation) en recourant à la servitude d’une mère porteuse ou quand la prévision de la ménopause (qui n’atteint pas les hommes) amène des femmes à préserver par le froid leurs ovules. Pour parachever cette confusion des genres, on vient d’apprendre qu’un transsexuel new-yorkais a subi un traitement hormonal afin de pouvoir allaiter l’enfant de sa compagne, tout en conservant testicules et pénis… Vers des cyborgs asexués ?

Mais la nécessité des limites survient encore au moment de résister à la séduction des objets et des biens, dont la consommation exponentielle ruine la planète au nom d’une croissance économique imbécile et abusivement réputée infinie. Il faudrait résister aussi à tous les gadgets, prothèses, stimulants que nous propose l’industrie transhumaniste, jusqu’à tuer la mort, au péril de l’humain*. Parce que les changements s’accélèrent en vitesse et puissance comme jamais dans l’histoire de l’humanité, parce que nous allons à court terme vers la dévastation anthropologique et environnementale, il devient suicidaire de vouloir tout ce qu’il est possible d’avoir. »

* « Au Péril de l’humain : les promesses suicidaires des transhumanistes », de Jacques Testart et Agnès Rousseaux, Ed. Seuil, 272 pages, 21 euros.





E) Le FN perd près de 6 000 adhérents, Marine Le Pen assure que son parti va « bien »

La présidente du Front national a expliqué que son parti avait été victime d’une « véritable persécution bancaire qui a interdit [aux] adhérents d’adhérer sur Internet ».

Invitée de l’émission « Questions politiques » sur France Inter, en partenariat avec franceinfo et Le Monde, la présidente du Front national (FN) Marine Le Pen a déclaré dimanche 8 avril que son parti avait perdu près de 6 000 adhérents depuis l’automne en raison de ses problèmes bancaires. Elle a néanmoins assuré que celui-ci allait « bien » et qu’elle le démontrerait aux élections européennes et municipales.

« Nous sommes à peu près à 45 000 » adhérents à jour de cotisation, pour environ 80 000 adhérents statutaires, a ajouté la dirigeante frontiste. Au 19 novembre, le FN revendiquait près de 51 500 adhérents à jour de cotisation. Selon Le Figaro, 38 000 adhérents étaient à jour de cotisation à la veille du congrès.

Une « véritable persécution bancaire »


Mme Le Pen a expliqué que son parti avait été victime « durant quatre longs mois » d’une « véritable persécution bancaire qui a interdit [aux] adhérents d’adhérer sur Internet », après la clôture de plusieurs comptes du FN par la Société générale. Mais « nous allons bien et nous allons d’ailleurs le démontrer » aux élections européennes de 2019 et municipales de 2020, a-t-elle promis.
A propos de la réforme de la SNCF, que le FN conteste comme les syndicats de l’entreprise ferroviaire, elle a souhaité « de la concertation », car recourir aux ordonnances est pour elle « un signal très clair du refus de la concertation ». La patronne de la formation d’extrême droite a estimé également que « l’Etat doit reprendre la dette de la SNCF ». Pour elle, « le service public peut très certainement toujours être encore amélioré » et « il y a eu des erreurs stratégiques majeures », mais « il est quand même très bon ».
« Le macronisme, c’est de l’attalisme », a-t-elle déclaré, en référence à l’économiste et ancien conseiller de François Mitterrand, Jacques Attali, qu’elle associe à une « philosophie de la dérégulation », « du déracinement » et du « nomadisme ». « N’écoutez pas les journalistes, les éditorialistes, les politologues. Je suis exactement là où je dois être. Je continue ce combat qui est un combat essentiel pour notre pays qui jamais ne s’est aussi mal porté », a poursuivi Mme Le Pen, dont la capacité à diriger son parti a suscité le doute depuis l’échec de la présidentielle et son débat « raté » face à Emmanuel Macron entre les deux tours.





F) Des salaires en or pour deux syndicalistes de la CFTC

Le président de la fédération CFTC du bâtiment et des travaux publics toucherait 17 000 euros brut par mois, sa numéro deux "à peine moins", selon Le Canard enchaîné dans son édition du 11 avril 2018. Des rémunérations exorbitantes largement financées par de l’argent public.
D’après Le Canard enchaîné, Patrick Del Grande, président de la fédération CFTC du bâtiment et des travaux publics, touche un salaire en béton armé, 17 000 euros brut par mois. Sa numéro deux, Caroline Tykoczinsky,  » à peine moins ».

Des rémunérations mirobolantes largement abondées en argent public, via les organismes paritaires où siègent ou ont siégé les deux syndicalistes : Sécurité sociale, caisse primaire d’assurance maladie (CPAM) de Meurthe-et-Moselle, caisse des allocations familiales (CAF), Urssaf et caisse d’assurance retraite et de santé au travail (Carsat). En effet, ces organismes sociaux remboursent aux employeurs les heures que les représentants syndicaux passent dans les différentes instances.

Selon l’avocat de la CPAM cité par l’hebdomadaire, Caroline Tykoczinsky a « exagéré les déclarations [d’heures passées à siéger dans les instances, ndlr] pour gonfler les remboursements » de la Sécurité sociale à la CFTC. Un nouvel exemple des méfaits du paritarisme

L’Institut d’administration des entreprises (IAE) de Paris a chiffré, dans une étude de 2014 sur le financement des syndicats, à 74% la part des subventions – autrement dit, l’argent de vos cotisations et impôts – dans les ressources de la CFTC, contre 13% pour les seules cotisations…

De quoi remettre en doute la représentativité et la légitimité de ce syndicat, et des autres aussi, d’ailleurs.







G) Macron : l'État va reprendre la dette de la SNCF « progressivement »

Le chef de l'État a annoncé que l'allègement, tant attendu, du fardeau du groupe public se ferait par étape. La première aura lieu dès sa transformation en SA.

Emmanuel Macron n'a pas fait de grande annonce sur la dette de la SNCF, dans son interview sur TF1. Pas question d'en faire un préalable à la réforme ferroviaire, comme le lui demandent les syndicats de cheminots, qui pointent la responsabilité de l'État, via l'extension du TGV depuis 2010, dans l'accroissement de son poids.
 
En revanche, le chef de l'État a levé un coin du voile sur la façon dont le gouvernement pourrait s'y prendre pour alléger le fardeau du groupe voué à être transformé en société anonyme (SA) à capitaux 100 % publics. « L'État va faire, lui, des efforts (…) (la dette) sera pour partie et progressivement reprise à mesure que ces réformes se font », a assuré Emmanuel Macron.

Ne pas plomber les comptes publics trop vite

Une première étape devrait intervenir rapidement. « À partir du moment où elle deviendra une société à capitaux publics, (la SNCF) ne pourra pas porter 50 milliards de dette », a en effet expliqué le président. Cette transformation de la SNCF, qui rassemble actuellement trois établissements à caractère industriel et commercial (Épic) est notamment destinée à responsabiliser sa gestion en limitant la capacité du groupe à recourir à l'endettement.

Privée de la garantie implicite de l'État accordée aux Épic, la nouvelle société anonyme ne pourra en effet pas tenir avec quelque 55 milliards dettes (en additionnant celle de SNCF réseau et SNCF mobilité). « L'État va dès le début en reprendre une partie, puis, progressivement », a donc annoncé Emmanuel Macron. Une façon de ne pas trop plomber les comptes publics de la France trop vite alors que le gouvernement vient justement d'annoncer une trajectoire de déficit et de dette meilleure que prévu. Une position qui suit la logique du ministère de l'Économie et des Finances. « On a rappelé une évidence simple. Quand on a un système qui génère entre 2,5 et 3 milliards de déficit chaque année alors que ses charges financières [liées au remboursement de la dette, NDLR] ne sont que de 1,5 milliard, il y a un sujet d'exploitation avant d'avoir un sujet de dette », explique-t-on de source proche de Bercy.

Seule la dette de SNCF réseau pourrait être reprise, c'est-à-dire 46,6 milliards d'euros, mais 11 milliards sont déjà considérés comme de la dette publique. Il resterait donc à reprendre à peu près 35 milliards.







H) Michel Raimbaud : “La nouvelle guerre froide se transforme progressivement en une guerre ouverte”

Halte à la guerre infâme !
Une guerre implacable, sauvage, meurtrière et destructrice, fait rage en Syrie depuis mars 2011. Devenue universelle grâce au renfort venu de 120 pays que l’Empire Atlantique a pu attirer dans sa galère, elle menace ces jours-ci de dégénérer en un conflit mondial au sens plein et entier du terme.

Beaucoup parmi les plus optimistes n’en sont plus à se demander si la guerre des Trois (Etats-Unis, France, Grande-Bretagne) aura lieu ou non, mais si elle s’allumera demain ou après-demain. On a beau en refuser la perspective tant elle heurte la raison, les réalités sont là. Il est évident que la nouvelle guerre froide que l’on a vu apparaître depuis une décennie entre l’Occident et ses complices d’une part, la Russie et ses alliés d’autre part, vire peu à peu à la guerre ouverte. Si le monde arabo-musulman est le théâtre privilégié et l’enjeu géopolitique de cet affrontement global entre l’Empire Atlantique déclinant et l’Eurasie renaissante ou émergente, la Syrie en est l’épicentre, pour diverses raisons, géopolitiques et stratégiques notamment.

Dans nos « démocraties » occidentales qui unilatéralement se disent grandes, les « élites » qui ont soumis les populations à un lessivage de cerveau sans précédent font semblant de croire encore à la narrative mensongère, immorale et imbécile injectée depuis sept ans dans les méninges ramollies par le « mainstream » médiatique, universitaire et politique. Il serait étonnant que ces esprits pleins de morgue et de suffisance y croient vraiment : ce serait d’ailleurs inquiétant pour leur santé mentale. Ecartant donc l’hypothèse, on retiendra plutôt qu’ils ont trouvé un fonds de commerce gratifiant dans cette gigantesque escroquerie intellectuelle et qu’ils ont réussi à l’acclimater sous nos latitudes où l’on se dit cartésien, puisqu’elle provoque si peu de réactions… Pour l’instant !

Si elles avaient une mémoire collective, les opinions se souviendraient du sort de l’Irak, de la Somalie, de la Libye…peut-être de l’ex-Yougoslavie, voire du Yémen où destructions et massacres se poursuivent sous l’égide de l’ami stratégique imprévu qu’est le jeune Mohammed Ben Salman, étreint avec effusion par notre ministre des affaires étrangères lorsqu’il débarque tel le Messie. Elles reverraient Colin Powell brandissant ses fioles venimeuses et chimiques pour justifier une invasion de l’Irak et son démantèlement. Pas de sa faute : il était, dira-t-il la bouche en cœur, mal informé par ses « services ». Mais les opinions « civilisées » (que l’on appellerait dédaigneusement « rues » si elles étaient « arabes ») sont anesthésiées par le flot de désinfo et de désintox, hébétées par les débats de société qui leur sont proposés ou imposés, toujours anecdotiques et marginaux. La guerre ou la paix ? Bof. Quant aux élus, ils sont superbement ignorés : à quoi pourraient-ils servir ?

Frétillant comme son prédécesseur Hollande à l’idée de participer aux frappes contre la Syrie et le « régime de Bachar », Macron, qui réserve ses pensées complexes à son ami Trump, esprit bien connu pour sa subtilité, ose qualifier cette nouvelle attaque illégitime, arrogante et dépravée de « devoir moral ». Devons-nous nous habituer à voir par les nuits sans lune nos dirigeants se tortiller sur leur fauteuil, le doigt sur le bouton et le petit doigt sur la couture du pantalon, attendant le feu vert des fous du Pentagone ou de la Maison-Blanche pour lancer leurs engins meurtriers sur la Syrie qui ne les a jamais agressés ? Quelle sinistre comédie ! Comme si 400 000 morts, 13 ou 14 millions de réfugiés, exilés ou déplacés, un pays ravagé, ne suffisaient pas à combler le sens moral de ces hautes consciences. Après sept ans de mensonges éhontés, de destructions systématiques, de méfaits innommables, peut-on vraiment dire que « le respect de l’autre » est une « valeur de l’Occident » ?

A la vue des séances consacrées à la Syrie et à l’audition des échanges qui les agrémentent, on peut dire que la prestation – navrante – du Conseil de Sécurité témoigne de la ruine globale du système international. Adieu aux vagues espoirs que l’on pouvait nourrir quant aux capacités des Nations-Unies et à son instance suprême en matière de paix et de sécurité à imposer un ordre pacifique. Les principes fondateurs du droit onusien, tels que les énonce la Charte fondatrice de San Francisco, ne sont plus ni respectés ni admis comme références par l’ensemble des Etats représentés à l’Assemblée Générale et certains des membres permanents du Conseil de Sécurité les bafouent sans même s’en cacher, ou les ignorent superbement. Les Trois Occidentaux, qui osent s’identifier sans complexe à la « communauté internationale » alors qu’ils représentent 7 à 8% de la population mondiale, constituent en effet le corps de bataille du parti de la guerre et du chaos, leurs adversaires – Russie, Chine, Iran, Syrie, etc…– représentant sans ambigüité le camp de la légalité et du droit.

Au-delà du droit, c’est la diplomatie qui est en danger. Bien plus que le clivage Est/Ouest nouveau modèle, il faut incriminer la perte des us et coutumes, des pratiques, des normes et du langage de la diplomatie. Comment justifier le honteux spectacle des représentants occidentaux maniant la menace, l’injure, le mensonge et les propos aberrants dans l’enceinte du Conseil, transformé en parterre d’enragés et de falsificateurs ? Comment qualifier le grossier personnage élu par l’Amérique profonde et soutenu par son Etat profond dès lors qu’il bombarde ? Elephantman dans un magasin de porcelaine, il incarne mieux que tout autre avant lui le système que suggéraient, il y a quasiment un demi-siècle, Nixon et Kissinger dans la théorie du Mad Man : l’Amérique doit compter parmi ses dirigeants des cinglés dont l’imprévisibilité sera de nature à terroriser ses ennemis. M. Trump tweete parmi nous.

La France ne vaut guère mieux. Elle fait partie de ces pays qui « prétendent dire le droit » tout en le violant à l’occasion, comme le reconnaissait implicitement son président en décembre dernier dans une interview à France 2. La voilà qui se joint au régime trumpiste criminel pour clamer qu’elle procédera à des frappes contre la Syrie, avec ou sans résolution du Conseil de Sécurité. Alors que son siège permanent est lorgné par de grands amis comme l’Allemagne, ne risque-t-elle pas de perdre à jamais son statut « privilégié » en s’affichant ainsi prête à bombarder sans mandat un Etat-membre, après avoir contribué à sa destruction et tenté de renverser son président légitime ?

Ne scie-t-elle pas la branche sur laquelle elle est majestueusement assise, cette France qui naguère tenait la Charte onusienne pour une Bible et fondait sa diplomatie sur la légalité internationale, et qui désormais en bafoue régulièrement les principes majeurs : égalité souveraine des Etats, non-ingérence, droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et droit des Etats à choisir leur régime politique sans ingérence étrangère ? Cette France que l’on écoutait souvent, la « trouvant juste même lorsqu’elle se montrait injuste ».

Revenons aux fondamentaux. Malgré la phrase sacro-sainte qui, en Occident et dans notre Hexagone, sert de gilet pare-balle aux mieux intentionnés, rappelons que Bachar Al Assad, président légitime d’un pays en guerre, sans qui la Syrie ne serait plus qu’un souvenir, fait seulement son devoir. On servirait moins souvent la rengaine qu’il n’est « pas irréprochable » si l’on posait la question de l’honorabilité de ses ennemis ou détracteurs, qu’ils soient sauvages ou mal dégrossis, ou délicats et donneurs de leçons. Irréprochables, les dirigeants des « grandes démocraties » ? Irréprochables, ceux qui soutiennent l’insoutenable et en masquent l’horreur ? Irréprochables ces retraités aveugles, sourds et muets quant aux crimes inscrits à leur palmarès ?

Nos présomptueux dirigeants qui n’ont cessé de jouer avec le feu et sont responsables de l’embrasement, ne s’émeuvent pas pour autant, sûrs de leur bon droit et de leur aptitude à gérer les évènements entre affinitaires de belles manières. Si nous l’ordonnons, pensent ces va-t-en guerre qui adorent les ordonnances, il faudra bien que la piétaille des braves gens se mette en marche, au pas cadencé, avec tambour et trompette. C’est le métier de la France d’en bas d’obéir sans broncher à celle d’en haut, pensent-ils. Eh bien non ! Il faut leur donner tort. La France est partie prenante dans la nouvelle agression qui se prépare. Si par grand malheur elle est lancée, nul n’en connaît les suites. Il y aura des représailles et nous ne serons pas épargnés. « Pourquoi nous ? » ou « nous ne savions pas » seront de piètre utilité.
Réveillons-nous car il se fait tard.

Michel Raimbaud






I) QUE PÈSENT LES SYNDICATS ?

Les syndicats sont les acteurs incontournables d’une démocratie sociale marquée par de nombreuses réformes depuis les années 2000. Ces réformes cherchent à promouvoir une nouvelle régulation entre les employeurs et les représentants des salariés, au plus près des problématiques des entreprises, voire une nouvelle fabrique des réformes liées au travail et aux relations professionnelles. Elles sont le produit de négociations sociales entre les partenaires sociaux et de concertations avec les gouvernements successifs. Elles ont également soulevé des contestations.

Mais que pèsent exactement les syndicats dans le monde du travail et comment se fonde leur légitimité ? Depuis 2008, la CFDT, la CGT, le Medef et la CPME se sont entendus avec les pouvoirs publics pour que la représentativité syndicale repose sur les résultats des élections professionnelles. Ces résultats, propres à chaque entreprise, font l’objet d’un recensement continu et d’une publication officielle tous les quatre ans, la dernière datant de 2017. Mais cette mesure de la représentativité syndicale n’a guère suscité d’analyses de la part des médias ou de la recherche, alors que ses résultats fondent désormais le pouvoir syndical.

Cette note s’intéresse donc aux résultats des élections professionnelles et, d’abord, à leur construction, assemblage de consultations disparates. Elle propose ensuite une analyse fouillée de la participation électorale, qui demeure globalement faible, puis des audiences syndicales, qui ont vu la CGT perdre son leadership historique au profit de la CFDT. Cette nouvelle donne syndicale ouvre-t-elle une nouvelle période pour la démocratie sociale « à la française » ?

Dominique Andolfatto, professeur de science politique à l’Université de Bourgogne-Franche-Comté/Credespo.




INTRODUCTION
En mars 2017, le ministère du Travail a publié les résultats de la deuxième « mesure d’audience pour la représentativité syndicale », couvrant la période 2013-2016. Depuis la loi portant rénovation de la démocratie sociale et réforme du temps de travail du 20 août 2008, cette mesure détermine quels sont les syndicats représentatifs, autrement dit les interlocuteurs obligés des employeurs au niveau des entreprises, des branches d’activité et au niveau national interprofessionnel. C’est également en fonction de ces derniers résultats que les gouvernements fixent la liste des organisations invitées à participer aux concertations sur les réformes sociales inscrites à leur agenda, voire à ouvrir une négociation sur le sujet (en vertu de l’article 1 du code du travail) 1 .

1. Cet article est issu de la loi Larcher du 31 janvier 2007 de modernisation du dialogue social. Ce texte oblige le gouvernement à solliciter les partenaires sociaux pour l’ouverture, s’ils le souhaitent, d’une négociation concernant tout projet de loi dans les domaines du travail, de l’emploi ou de la formation professionnelle (www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do?cidTexte=LEGITEXT000006072050&idArticle=LEGIARTI000018764571)

Pour obtenir ce label représentatif, les organisations syndicales doivent obtenir au moins 10 % des suffrages exprimés lors des élections professionnelles dans les entreprises ou 8 % aux autres niveaux (branche d’activité et niveau national interprofessionnel). Pour ces autres niveaux, les résultats des élections dans les entreprises sont agrégés à ceux des scrutins organisés pour les salariés des très petites entreprises (« élections TPE ») 2 et pour les salariés de la production agricole lors des élections aux chambres d’agriculture. Ce système s’est substitué à la présomption irréfragable de représentativité, inscrite dans le code du travail, dont bénéficiaient cinq organisations syndicales (CGT 3 , CFDT, FO, CFTC et CGC) antérieurement à la loi de 2008.
Les seuils de la loi nouvelle ont été négociés entre les partenaires sociaux en amont de l’adoption de cette réforme. Ils ont été fixés relativement bas afin d’assurer que les cinq confédérations demeurent dans le jeu social au plan national. Malgré tout, cette négociation n’avait abouti qu’à un accord minoritaire (on a pu parler dans ce cas d’une « position commune 4 »). FO, la CFTC et la CGC, côté syndical, l’Union professionnelle artisanale (UPA), côté patronal, s’étaient opposées à ces nouvelles règles, que la CGT, la CFDT, le Medef 5 et la CGPME 6 , en revanche, avaient avalisées. Cela dit, la loi nouvelle avait bien été élaborée sur la base de la « position commune », de sorte que la réforme de la représentativité syndicale était apparue comme la conséquence de ce qui ressemblait à un partenariat stratégique – sur cette question juridique – entre la CGT, la CFDT et le Medef. Les trois organisations s’étaient entendues pour refonder les relations industrielles, précisément la représentativité syndicale et les règles de négociation collective, et, ce faisant, pour couper court à l’émergence de nouvelles organisations ou à de nouvelles formes d’expression directe des salariés 7 . La CGPME avait également adhéré.


2. Les très petites entreprises (TPE) sont des entreprises comptant de 1 à 10 salariés. Ces « élections TPE » concernent ces entreprises, qui échappent aux élections des délégués du personnel (à compter de 11 salariés) ou des comités d’entreprise ou délégation unique du personnel (à compter de 50 salariés).

3. CGT : Confédération générale du travail ; CFDT : Confédération française démocratique du travail ; FO : Force ouvrière ; CFTC : Confédération française des travailleurs chrétiens ; CGG : confédération générale des cadres, cette dernière se dénommant officiellement CFE – Confédération française de l’encadrement – depuis les années 1980, mais ce nouveau sigle est régulièrement supplanté par ou juxtaposé à l’ancien). Deux autres organisations syndicales sont mentionnées dans cette note : UNSA (Union nationale des syndicats autonomes) et USS (Union syndicales Solidaires qui fédèrent les syndicats SUD : Solidaires, unitaires, démocratiques).

4. Voir, par exemple, Confédération des petites et moyennes entreprise (CPME), « Position commune du 9 avril 2008 sur la représentativité, le développement du dialogue social et le financement du syndicalisme : un texte qui aménage les règles de la représentativité syndicale et celles relatives à la conclusion des accords collectifs et maintient le pluralisme syndical », 14 avril 2008(www.cpme.fr/upload/docs/analysecommentePositioncommune.pdf).

5. Medef : Mouvement des entreprises de France (ex-CNPF : Conseil national du patronat français).

6. CGPME : Confédération générale des petites et moyennes entreprises (CPME, soit Confédération des petites et moyennes entreprises, depuis 2017).

7. Voir Dominique Andolfatto et Dominique Labbé D., Toujours moins ! Déclin du syndicalisme à la française , Gallimard, 2009, p. 170-193


à la démarche qui faisait de l’entreprise le creuset naturel de cette refonte, avec les conséquences qui devaient s’ensuivre concernant la fabrique du droit du travail, privilégiant désormais ce creuset et donc la décentralisation.Pour revenir à la dernière mesure d’audience, le ministère du Travail s’est félicité que « plus de 5,6 millions de salariés se sont exprimés, soit 195 518 salariés de plus que lors de la précédente mesure de l’audience syndicale 8 », qui couvrait la période 2009-2012 9 . Suivait un tableau des résultats (voir tableau 1)
.
Tableau 1 :
Résultats du calcul de l’audience syndicale 2017 *
Niveau national interprofessionnel 

Nombre de salariés inscrits: 13 244 736
Nombre de votants: 5 664 031
Nombre de suffrages valablement exprimés: 5 243 128
Taux de participation: 42,8 %
Organisations syndicales ayant obtenu une audience supérieure ou égale à 8 %
Organisations syndicales
Nombre de suffrages valablement exprimés
% des suffrages exprimés
Poids relatif des organisations représentatives (en %)
CFDT: 1 382 647 ; 26,37 ; 30,32%
CGT  : 1 302 776  ;24,85  ;28,57%
FO    :    817 570   ;15,59   ;17,93%
CGC :    559 305   ;10,67  ;12,27%
CFTC:   497 361   ;  9,49  ;10,91%
UNSA:  280 555  ;  5,35   ;    –
USS :    181 405    ;  3,46  ;    –
Autres listes: 209 227  ;  3,99  ;    –
Source : ministère du Travail (travail-emploi.gouv.fr/IMG/pdf/communique-de-presse-nouvelle-mesure-de-l_audience-syndicale.pdf).* Reprise du titre officiel du tableau selon le ministère du Travail, mais en réalité la mesure correspond à la période 2013-2016, même si le « calcul » a été réalisé en 2017. 
 
8. Ministère du Travail, de l’Emploi, de la Formation professionnelle et du Dialogue social, direction générale du travail, « Communiqué de presse. Résultats de la mesure de l’audience pour la représentativité syndicale », 31 mars 2017 (travail-emploi.gouv.fr/IMG/pdf/communique-de-presse-nouvelle-mesure-de-l_audience-syndicale.pdf).
9. Il s’agissait alors de la première mesure d’audience, consécutive à la réforme de 2008

Ces élections et ces résultats soulèvent plusieurs questions. La « représentativité »
affichée des organisations syndicales est globalement problématique. La participation électorale se révèle faible, même si sa dégradation – ou sa faiblesse structurelle – varie selon le type de scrutin. Cette statistique nouvelle conduit également à rendre invisibles les « non-syndiqués » qui, jusqu’à leur disparition de la statistique publique, représentaient plus de 20 % des salariés, en particulier dans les petits établissements 10 . Plus globalement, il est intéressant de préciser comment est construite cette mesure, de souligner les questions qu’elle pose, avant d’analyser l’évolution des audiences syndicales qu’elle donne à voir. 

I. LA CONSTRUCTION DE LA MESURE DE REPRÉSENTATIVITÉ SYNDICALE
 

Le ministère du Travail ne détaille pas la « construction » de la mesure de l’audience syndicale 11 . Il ne publie que des données agrégées au plan national – et, au contraire de 2013, il n’a pas publié de résultats par branche d’activité. S’il dit opérer dans « un très grand souci de transparence », on ne connaît pas en réalité le détail des données agrégées. Certes, le ministère indique que la mesure de l’audience syndicale est le fruit d’un « processus de grande ampleur de compilation des résultats des élections professionnelles, puisque chacun des procès-verbaux [par entreprise] retenus dans le cadre de la mesure de l’audience a fait l’objet de près de 90 contrôles afin de vérifier sa conformité à une grille d’analyse élaborée en concertation avec les partenaires sociaux et de garantir la fiabilité et la robustesse de la mesure ». Mais, là encore, on ignore tout des contrôles qui sont effectués. Tout paraît finalement se passer dans une sorte d’entre-soi entre, d’une part, statisticiens et hauts fonctionnaires du ministère du Travail, et, d’autre part, partenaires sociaux participant au Haut Conseil du dialogue social (soit les organisations représentatives – syndicales ou d’employeurs – au niveau national interprofessionnel).Cela étant dit, le détail des données agrégées peut être théoriquement retrouvé sur un site Internet du ministère du Travail qui, selon la présentation qui en est faite, est « dédié aux Élections professionnelles des entreprises d’au moins 11 salariés et à la représentativité syndicale 12 ». Les procès-verbaux des élections professionnelles organisées dans toute entreprise doivent être déposés sur ce site, où ils peuvent être ensuite consultés par tout internaute, même si cela n’est pas toujours aisé, faute de disposer en même temps des numéros Siren ou Siret des entreprises ou établissements recherchés, numéros attribués par l’Insee lors de leur création. À tout le moins, cela reste une masse de données difficilement exploitables en tant que telles (plus de 550 000 procès-verbaux théoriquement consultables fin novembre 2017). 

10. Selon les dernières données disponibles, les « non-syndiqués » représentaient 22,6 % des voix aux élections des comités d’entreprise en 2005-2006 (voir Olivier Jacod, « Les élections aux comités d’entreprise en 2005-2006 »,
Premières informations
, n° 40.3, octobre 2008, tableau 1, p. 2, dares.travail-emploi.gouv.fr/IMG/pdf/2008.10-40.3.pdf). Ils ont culminé à plus de 28 % au début des années 1990 (voir Régis Matuszewicz et Daniel Boulmier, « L’audience électorale du syndicalisme à l’heure de la réforme de la représentativité », in Dominique Andolfatto (dir.),
Les Syndicats en France
, La Documentation française, 3e éd., 2013, p. 117-147).
11. Toutes les informations et citations de ce paragraphe sont extraites du site du ministère du Travail (www.elections-professionnelles.travail.gouv.fr/web/guest/calcul-de-la-representativite).
12. www.elections-professionnelles.travail.gouv.f



Outre ces procès-verbaux des élections professionnelles par entreprise, on dispose par ailleurs des résultats des « élections TPE » ainsi que de ceux du collège de la production agricole des chambres d’agriculture. On peut donc recomposer partiellement la construction de la mesure de l’audience syndicale et déduire des résultats des deux scrutins précédents ceux des élections aux comités d’entreprise qui, depuis 2008, ne sont plus publiés, interrompant une longue série de résultats détaillés depuis 1966 (voir tableau 2) . Les résultats des dernières élections aux comités d’entreprise publiés officiellement concernent les années 2005-2006 13 . En 1994, sur la base des archives du ministère du Travail, une étude de Dominique Labbé avait pu remonter jusqu’en 1945-1946, soit aux origines de l’institution des comités d’entreprise. Mais la série des données disponibles s’interrompt donc au début des années 2000.

Le tableau 2 précise la construction de la mesure d’audience qui additionne les résultats de trois scrutins de différentes natures. Mais ceux des élections des comités d’entreprise et, éventuellement des délégations uniques du personnel (DUP) 14 et des délégués du personnel (DP), mélangés avec les précédents, ne sont donc plus publiés en tant que tels, bien qu’ils concernent un plus grand nombre d’électeurs et soient plus significatifs puisqu’il s’agit d’élections effectivement intervenues dans les entreprises où des syndicats sont implantés et présentent des listes de candidats. 

13. Voir Olivier Jacod, art. cit.

14. Ces institutions remontent à 1993 mais ont fait l’objet d’une modification et d’une relance par la loi Rebsamen du 17 août 2015 relative au dialogue social et à l’emploi. Ce texte a prévu la mise en place (éventuelle) par l’employeur de la DUP (délégation unique du personnel), fusionnant les DP (délégués du personnel) et les CE (comités d’entreprise), dans les entreprises de moins de 300 salariés. Dans la réalité, fort peu de DUP ont été créés : une vingtaine sur 7 000 établissements potentiellement concernés. Les ordonnances Macron relatives au renforcement du dialogue social du 22 septembre 2017 rendront à terme caduque cette institution, tout comme les DP et les CE qui doivent être fusionnés dans un nouveau Conseil social et économique avant le 31 décembre 2019



Le manque de confiance dans les syndicats explique l’abstention aux élections professionnelles
L’un des problèmes de fond, expliquant l’abstention aux élections professionnelles, est le manque de confiance dans les syndicats. L’enquête Où va la démocratie ?
réalisée en 2017 par la Fondation pour l’innovation politique * montre que seuls 35 % des Français avaient confiance dans les syndicats. Parmi les institutions pour lesquelles le niveau de confiance a été mesuré, seuls les partis politiques font sensiblement moins (11 % de confiance), tandis que le parlement (44 %), le système judiciaire (50 %), les associations (71 %), l’école (72 %), la police (77 %), les petites et moyennes entreprises (82 %), l’armée (84 %) font nettement mieux. 
Les comparaisons internationales montrent que les Français sont parmi les plus
critiques à l’égard des syndicats. Le niveau de confiance des Français dans leurs syndicats est comparable à celui des Portugais (32 % de confiance), des Bulgares
(31 %) ou des Roumains (30 %). Cette confiance est sensiblement plus faible
dans trois pays du sud de l’Europe : Espagne (24 %), Italie (22 %), Grèce (9 %). En revanche, ce niveau de confiance est beaucoup plus fort dans les pays du nord de l’Europe mais aussi dans les pays de l’Est, sans doute pour des raisons différentes : solide intégration des syndicats dans les mécanismes de l’économie de marché, favorisant un « ordo-libéralisme », à l’exemple de l’Allemagne (62 % des Allemands font confiance aux syndicats), des Pays-Bas (68 %) ou du Danemark (71 %) ; syndicats garants d’un ordre démocratique et pluraliste plus récent, à l’exemple des Pays baltes (51 à 68 % de confiance dans les syndicats) ou de la République tchèque (57 %).
Les pays du sud de l’Europe se montrent donc les plus critiques à l’égard du syndicalisme. Cela peut s’interpréter par le fait que les partenaires sociaux y jouissent traditionnellement d’une moindre autonomie que dans les pays du Nord mais aussi que dans les pays anglo-saxons, tels le Royaume-Uni ou les États-Unis, où le niveau de confiance dans les syndicats est également assez élevé (respectivement 52 et 54 %).Cela dit, dans l’Europe septentrionale, la trop forte intégration des syndicats n’est pas sans effets pervers sur leur image publique**. Autrement dit, le niveau de confiance dans les syndicats est le produit de facteurs divers, tenant au contexte socio-économique et institutionnel autant qu’à la configuration du paysage syndical.

* Voir Dominique Reynié (dir.), Où va la démocratie ?, Fondation pour l’innovation politique, Plon, 2017 (résultats détaillés de l’enquête sur le lien data.fondapol.org/democratie/ou-va-la-democratie).
** Voir par exemple, pour le cas du Danemark, Jens Lind, « Danemark : un “modèle” en difficulté», in Dominique Andolfatto et Sylvie Contrepois (dir.), Syndicats et dialogue social. Les modèles occidentaux à l’épreuve, Peter Lang., 2016, p. 91-106. Dans le cas de la Suède, Où va la démocratie ?indique également que le niveau de confiance dans les syndicats en Suède ne dépasse pas 45 %.

 


DEUX PROPOSITIONS ET UNE RECOMMANDATION
 

Proposition 1 : favoriser l’adhésion syndicale et la participation aux élections professionnelles.
La manière la plus radicale de relancer l’adhésion syndicale serait sans conteste de supprimer les subventions et la taxe sur les salaires qui permettent de financer les organisations syndicales (et patronales) et les amènent à négliger la recherche de ressources en termes d’adhérents 68 . Les adhésions seraient le « prix » à payer pour rendre les syndicats représentatifs et responsables du service à fournir à leurs adhérents.

Compte tenu des difficultés à rompre avec cette accoutumance à des financements indirects et compte tenu de l’importance, devenue stratégique, pour les entreprises de disposer d’interlocuteurs syndicaux, quelle que soit leur implantation, les subventions, si elles sont maintenues, devraient être liées à des missions précises faisant l’objet d’une transparence effective (et pas seulement comptable).

Il importerait de réfléchir à l’application aux mandats syndicaux des règles de cumul et de limites (en nombre et dans le temps) qui prévalent désormais dans le monde des élus politiques. Cela contribuerait à restreindre le phénomène de forte professionnalisation du syndicalisme qui favorise la coupure entre mandats et mandataires. De manière plus générale, les effets de cette professionnalisation vérifient la célèbre « loi d’airain de l’oligarchie » prévalant dans toute organisation, fut-elle démocratique, soit la tendance des directions centrales à se transformer en une oligarchie se séparant peu à peu de la base, jusqu’à poursuivre des buts propres à cette élite 69 . L’ordonnance Macron-Pénicaud relative à la nouvelle organisation du dialogue social et économique dans l’entreprise du 22 septembre 2017 prévoit d’ailleurs de limiter le cumul dans le temps à trois mandats successifs (mais ceux-ci peuvent être remis en cause par accord d’entreprise).Faute de supprimer les subventions aux syndicats, le « chèque syndical » peut apparaître aussi comme un moindre mal. Il confère en effet un rôle clé aux salariés dans l’attribution des subventions aux syndicats, puisqu’un chèque équivalent à quelques dizaines d’euros est remis annuellement à chaque salarié et que ce chèque ne peut être encaissé directement par le salarié mais seulement remis à un syndicat de son choix. Cela réintroduit un contrôle démocratique sur l’activité syndicale. Ce « chèque syndical » confère donc un pouvoir de contrôle aux salariés sur leurs représentants et les organisations représentatives. Mais les ordonnances Macron-Pénicaud ont renoncé à institutionnaliser ce chèque, au contraire de la loi d’habilitation des mêmes ordonnances du 15 septembre 2017. Il est vrai que les syndicats n’étaient pas favorables à ce dispositif.
 
68. Voir Institut Montaigne/Entreprise & Personnel, Reconstruire le dialogue social , juin 2011, p. 16-19 et 60 (www.institutmontaigne.org/ressources/pdfs/publications/rapport_dialogue_social.pdf).

69. Voir Robert Michels, Les Partis politiques. Essai sur les tendances oligarchiques des démocraties , Ernest Flammarion, 1914 (scans.library.utoronto.ca/pdf/1/32/lespartispolitiq00michuoft/lespartispolitiq00michuoft.pdf).




La transparence effective des comptes des syndicats est également indispensable. Ses modalités actuelles (données comptables et globales publiées sur le site du Journal officiel , ignorant les personnels mis à disposition des syndicats, les locaux également mis à disposition, voire certains moyens matériels et consommations) sont largement insuffisantes et, sauf exception, ne permettent pas aux citoyens de se représenter clairement et simplement les comptes des syndicats. À l’évidence, ceci entretient l’idée d’une opacité des comptes, favorisant des critiques récurrentes et le désintérêt des salariés. D’autres mesures assurant une meilleure protection des élus du personnel et leur donnant des garanties en termes de carrière professionnelle doivent être envisagées ou renforcées 70.
Enfin, l’adhésion syndicale doit être relancée de façon très volontariste, en lien avec un syndicalisme de services, même si celui-ci ne constitue pas nécessairement la clé d’un syndicalisme majoritaire. Dans la même perspective, l’offre syndicale devrait pouvoir évoluer et permettre des innovations pour favoriser une relance de la participation électorale. Cela dit, les règles de représentativité de 2008 ont figé cette offre. Il importerait donc de les assouplir.
Spécifiquement, il importe de repenser les consultations électorales fortement abstentionnistes qui, telles les élections dans les TPE, se sont révélées en décalage par rapport aux attentes et aux demandes des salariés concernés. 

70. Voir Thomas Breda, Les Représentants du personnel , Presses de Sciences Po, 2016, p. 59-61


Proposition 2 : l’ère du partage des données commande de publier les résultats complets de toutes les élections professionnelles.
Il faut rappeler combien la mesure d’audience syndicale est hétérogène et problématique. Elle agrège des résultats de scrutins disparates et qui ne sont pas toujours significatifs en termes sociologiques. En conséquence, la « démocratie sociale » qui est affirmée peut apparaître assez théorique, donc fragile, voire artificielle, alors que de nouvelles et profondes transformations sont en cours, après la loi El Khomri de 2016 et les ordonnances Macron-Pénicaud de 2017 qui mettent l’accent sur la modernisation et le renforcement du dialogue social.Pourquoi avoir abandonné la publication des résultats détaillés des élections aux CE, auxquels auraient pu s’ajouter ceux des élections des DP et des DUP ? On ne peut que le regretter car les données existent et pourraient être exploitées. Les enquêtes antérieures offraient en effet un portrait des audiences syndicales en fonction des secteurs économiques, des implantations, des collèges, des tailles d’établissement et des régions depuis 1966. La disparition de ces statistiques représente un recul pour la connaissance des relations sociales. Sur un autre plan, imagine-t-on des élections politiques dont le ministère de l’Intérieur fournirait seulement le résultat agrégé national sans publier le détail et sans qu’on puisse accéder facilement aux résultats par bureau de vote ? Certes, on pourra répliquer qu’il existe les données fournies par le site du ministère du Travail, mais elles ne constituent pas une source à laquelle le citoyen ou le chercheur peuvent accéder aisément et, sur leur base, construire ou procéder à des comparaisons parlantes. De même, il n’existe pas de cartographie ou de guide facilitant cet accès et permettant, par exemple, des tris par branche, catégorie ou territoire. Quant aux organisations syndicales, qui peuvent en revanche détenir ce type d’informations, elles ne les communiquent pas, opérant ainsi une sorte de privatisation des données électorales à rebours de toutes les tendances actuelles d’ouverture au public. On doit donc s’en tenir à des données très agrégées au plan national qu’il est très difficile d’utiliser lorsqu’il faut interpréter le sens des votes. 
 
Une recommandation : seule une profonde révolution culturelle sauvera le syndicalisme. 

Malgré tout, la mesure de l’audience syndicale publiée en mars 2017 traduit manifestement des évolutions loin d’être négligeables dans le paysage syndical. La longue érosion de la CGT a conduit la CFDT à s’emparer du leadership syndical dans le secteur marchand. Mais la CFDT doit aussi sa consolidation à un travail de terrain et à des implantations qui restent déterminantes pour le vote, même si elle n’a pas échappé, à l’instar des autres organisations, au phénomène plus global de la désyndicalisation. Mais ce changement dans la hiérarchie syndicale était déjà en germe et caractérisait quelque peu la mesure de l’audience syndicale publiée en 2013. Par ailleurs, des organisations telles que la CGC et l’UNSA ont également renforcé leurs positions, ce qui tend à affirmer la place d’un syndicalisme de « troisième type » ou de « troisième force ». Cela étant, les élections dans les TPE, contribuant à la construction de la mesure d’audience, demeurent très faiblement participationnistes. Plus largement, la caractéristique première de cette mesure demeure l’abstention. Sans compter, comme le souligne Christian Maheux, ancien dirigeant de l’Union syndicale Solidaires, que « des pans entiers de la classe ouvrière sont donc ignorés des calculs de représentativité syndicale 71 ». En effet, son taux de couverture du salariat dans le secteur marchand ne dépasse pas 70 %. Quant au taux d’implantation syndicale (et la possibilité pour un salarié
lambda de se saisir d’un bulletin syndical dans une entreprise), il ne concerne guère qu’un salarié sur deux. Pour faire évoluer cette situation, Christian Mahieux écrivait simplement au lendemain de la publication de la seconde mesure d’audience : « C’est en notre sein, dans notre fonctionnement, dans nos pratiques trop souvent en décalage avec nos discours, qu’il faut rechercher les solutions 72 . » 

71. Christian Mahieux, art. cit.
72 . Ibid


Dominique Andolfatto




J) Frontières ouvertes : un réexamen libertarien (Lew Rockwell)

« Open Borders : A Libertarian Reappraisal », Discours de Llewelyn H. Rockwell, Jr. au Mises Circle de Phoenix, AZ, le 7 nov 2015, Paru dans LewRockwell.com le 10 novembre 2015
(traduction de Jacques Peter, Institut Coppet)

Que l’on parle d’immigration illégale en provenance du Mexique ou d’Amérique Centrale, de nationalité basée sur le droit du sol, ou des migrants venus du Moyen Orient et d’Afrique, le thème de l’immigration a été dans les médias et largement discuté depuis maintenant des mois. C’est  un sujet chargé de conséquences potentielles périlleuses, d’où l’importance pour les libéraux de le comprendre correctement. Ce Cercle de Mises, dédié à l’étude de la route à emprunter, semble être une bonne opportunité pour aborder cette question importante.
Je précise dès l’abord qu’en cherchant la bonne réponse à ce problème épineux, je ne prétends pas à l’originalité. Au contraire, je m’appuie beaucoup dans ce qui suit sur deux personnes dont le travail est indispensable à la bonne compréhension d’une société libre : Murray Rothbard et Hans-Hermann Hoppe.
Certains libéraux ont considéré que la position libérale convenable sur l’immigration devait être des « frontières ouvertes », ou la liberté de mouvement complète des personnes. De manière superficielle cela semble correct : nous croyons effectivement qu’il faut laisser les gens aller où bon leur semble.
Mais arrêtons-nous un instant. Songez à la « liberté de parole », un autre principe qui est associé aux libéraux. Croyons-nous vraiment à la liberté de parole comme un principe abstrait ? Cela voudrait dire que j’ai le droit de hurler pendant un film, ou le droit de perturber un service religieux, ou le droit de pénétrer chez vous et de proférer des obscénités à votre encontre.
Ce en quoi nous croyons, ce sont des droits de propriété privés. Personne ne jouit de « liberté de parole » sur ma propriété, puisque c’est moi qui fixe les règles, et en dernier recours je peux expulser quelqu’un. Il peut dire ce qu’il veut sur sa propre propriété, et sur la propriété de quiconque veut bien l’écouter, mais pas sur la mienne.
Le même principe s’applique à la liberté de mouvement. Les libéraux ne croient pas à un tel principe dans l’absolu. Je n’ai pas le droit de me promener dans votre maison, ni dans votre quartier résidentiel surveillé, ni à Disneyworld, ni sur votre plage privée, ni sur l’île privée de Jay-Z. Comme pour la « liberté de parole », la propriété privée est dans ce cas le facteur clé. Je peux me déplacer sur n’importe quelle propriété que je possède moi-même ou sur celle dont le propriétaire souhaite ma présence. Je ne peux pas simplement aller où je veux.
Ainsi, si toutes les parcelles de terre dans le monde entier étaient des propriétés privées, la solution au soi-disant problème de l’immigration serait évidente. En réalité il serait plus exact de dire qu’il n’y aurait tout simplement pas de problème d’immigration. Toute personne se déplaçant vers un nouvel endroit devrait avoir le consentement du propriétaire de cet endroit.
Néanmoins lorsque l’État et sa prétendue propriété publique entre en jeu, les choses se troublent et il faut se livrer à des efforts redoublés pour découvrir la position libérale convenable. Je vais tenter de l’éclaircir aujourd’hui.
Peu avant sa mort, Murray Rothbard a publié un article intitulé « les Nations par consentement : une décomposition de l’État-Nation ». Il avait commencé à remettre en cause la supposition que le libéralisme nous engageait aux frontières ouvertes.
Il citait par exemple le grand nombre de Russes ethniques que Staline avait installé en Estonie. Cela n’a pas été fait pour permettre aux peuples baltes de bénéficier des fruits de la diversité. Ce n’est jamais le cas. Cela a été fait pour tenter de détruire une culture existante, et ce faisant, rendre un peuple plus docile et moins sujet à causer des ennuis à l’empire soviétique.
Murray s’interrogeait : est-ce que le libéralisme me demande de soutenir cela, et même de le célébrer ? Ou n’y aurait-il pas en fin de compte autre chose derrière la question de l’immigration ?
Et là Murray pose le problème ainsi que je viens de le faire : dans une société complètement privée, les gens devraient être invités pour se déplacer ou s’établir sur une propriété donnée.
Si chaque parcelle de terre dans un pays était la propriété d’un individu, d’un groupe, ou d’une entreprise, cela signifierait que personne ne pourrait y pénétrer sans y être invité et autorisé à la louer ou l’acheter. Un pays totalement privatisé serait aussi fermé que les propriétaires le souhaitent. Il semble alors évident que le régime de frontières ouvertes qui existe de facto aux Etats-Unis et en Europe de l’Ouest n’est pas autre chose qu’une ouverture obligatoire voulue par l’État central, l’État en charge de toutes les rues et des terrains publics, et ne reflète pas correctement les souhaits des propriétaires.
Dans la situation actuelle, par contre, les immigrés ont accès aux routes publiques, aux transports publics, aux bâtiments publics, et ainsi de suite. Combinez cela aux autres restrictions que l’État impose à la propriété privée, et cela résulte en des mouvements démographiques  artificiels qui n’auraient pas lieu dans un marché libre. Les propriétaires sont obligés de s’associer et faire des affaires avec des individus qu’ils préféreraient éviter.
Les propriétaires de commerces tels que des magasins, des hôtels, et des restaurants ne sont plus libres d’en  exclure ou d’en limiter l’accès comme bon leur semble, écrit Hans.  Les employeurs ne peuvent plus embaucher et licencier qui ils veulent. Dans le marché immobilier, les propriétaires ne sont plus libres d’exclure des locataires indésirables. De plus, des clauses restrictives les obligent à accepter des membres et des actes en violation de leurs propres règles et règlements.
Hans poursuit :
En acceptant quelqu’un sur son territoire, l’État permet aussi à cette personne de circuler sur les routes et les terrains publiques jusqu’à la porte de chaque résident local, d’utiliser tous les services publics (tels que les hôpitaux et les écoles), et d’accéder à tous les établissements commerciaux, aux emplois, au logement, protégés par une multitude de lois de non-discrimination.
Il est plutôt malséant d’exprimer du souci pour les droits des propriétaires, mais que ce soit populaire ou pas, une transaction entre deux personnes ne devrait être conclue que si elles le désirent toutes deux. C’est la base même du principe libéral.
Pour donner du sens à tout cela et trouver une conclusion libérale convenable, nous devons nous pencher plus attentivement sur ce qu’est réellement la propriété publique et qui peut être son véritable propriétaire, s’il y en a un. Hans a consacré une partie de son travail précisément à cette question. Il y a deux positions que nous devons rejeter : que la propriété publique appartient au gouvernement, ou qu’elle n’appartient à personne et doit dès lors être considérée comme une terre à l’état de nature, avant que des  titres de propriété individuels n’aient été établis.
Nous ne pouvons certainement pas dire que la propriété publique appartient au gouvernement, puisque le gouvernement ne peut rien posséder légitimement. Le gouvernement acquiert ses propriétés par la force, en général par l’intermédiaire de la taxation. Un libéral ne peut accepter la légitimité morale de ce genre d’acquisition de propriété, puisque cela implique l’usage de la force (l’extraction d’impôts) sur des gens innocents. Ainsi les prétendus titres de propriété du gouvernement ne sont pas légitimes.
Mais nous ne pouvons pas davantage dire que la propriété publique n’appartient à personne. La propriété détenue par un voleur n’est pas sans maître, même si momentanément elle n’est pas entre les mains du propriétaire légitime. La même chose vaut pour la soi-disant propriété publique. Elle a été acquise et développée au moyen d’argent saisi aux contribuables. Ce sont eux les véritables propriétaires.
(Voilà incidemment comment il eut fallu aborder la dé-socialisation dans les anciens régimes communistes d’Europe de l’est. Toutes ces industries étaient la propriété des gens qui avaient été  pillés pour les construire, et ces gens auraient dû recevoir des actions en proportion de leur contribution, dans la mesure où il eut été possible de la déterminer).
Dans un monde anarcho-capitaliste, où toute la propriété est privée, « l’immigration » serait du ressort de chaque propriétaire individuel. Aujourd’hui, en revanche, les décisions sur l’immigration sont prises par une autorité centrale, sans la moindre considération pour les propriétaires. La bonne manière de s’y prendre est alors de décentraliser la prise de décision sur l’immigration au niveau le plus bas possible, afin de s’approcher au plus près de la position libérale qui veut que les propriétaires individuels consentent aux divers mouvements de population.
Ralph Raico, notre grand historien libéral, a écrit un jour :
L’instauration de l’immigration libre semble appartenir à une catégorie différente de décisions politiques, en ce sens que ses conséquences modifient de façon permanente et radicale la composition même du corps politique démocratique qui prend ces décisions. En réalité, l’ordre libéral, là où et dans la mesure où il existe, est le produit d’un développement culturel hautement complexe. On se demande, par exemple, ce qu’il adviendrait de la société suisse sous un régime de « frontières ouvertes ».
 La Suisse est de fait un exemple intéressant. Avant que l’Union Européenne ne s’en mêle, la politique d’immigration de la Suisse était proche du système que nous décrivons ici. Les communes décidaient de l’immigration, et les immigrés ou leurs employeurs devaient payer pour admettre un candidat à l’immigration. De cette manière, les résidents pouvaient mieux s’assurer que leurs communautés seraient peuplées de gens qui ajouteraient de la valeur et ne les laisseraient pas  avec la facture d’une liste de « droits à… ».
Manifestement, dans un pur système de frontières ouvertes, les États-providence occidentaux seraient tout simplement submergés par des étrangers avides d’argent. En tant que libéraux nous devrions évidemment nous réjouir de la disparition de l’État-providence. Mais s’attendre à ce que le résultat probable de son effondrement soit une soudaine dévotion au laissez faire serait faire preuve d’une naïveté particulièrement grotesque.
Pouvons-nous conclure qu’un immigrant devrait être considéré comme « invité » du seul fait qu’il a été embauché par un employeur ? Non, dit Hans, car l’employeur n’assume pas le coût total lié à son nouvel employé. L’employeur externalise une partie des coûts de cet employé sur les contribuables :
Muni d’un permis de travail, l’immigrant est autorisé à utiliser librement tous les services publics : routes, parcs, hôpitaux, écoles, et aucun bailleur, patron ou association privée n’est autorisé à faire preuve de discrimination à son égard concernant le logement, l’emploi, et l’appartenance à une association. C’est ainsi que l’immigrant invité profite d’un ensemble d’avantages annexes qui ne sont pas (ou seulement partiellement) payés par son employeur (qui a adressé l’invitation), mais par d’autres propriétaires en tant que contribuables qui n’ont pris absolument aucune part à l’invitation.
En résumé, ces migrations ne sont pas des produits du marché. Elles n’auraient pas lieu dans un marché libre. Ce dont nous sommes témoin, sont des exemples de mouvements subventionnés. Les libéraux qui défendent ces migrations de masse comme si c’étaient des phénomènes de marché ne font que miner le véritable marché et contribuer à son discrédit.
De plus, comme le fait remarquer Hans, la position de « l’immigration libre » n’est pas analogue au marché libre comme le prétendent à tort certains libéraux. Dans le cas de marchandises échangées d’un endroit à une autre, il y a toujours et nécessairement un destinataire consentant. Ce n’est pas le cas pour « l’immigration libre ».
Il est certain qu’aux Etats-Unis il est de bon ton de sourire aux incitations à la prudence concernant l’immigration de masse. En effet, on nous dit que les gens ont fait des prédictions au sujet des précédentes vagues d’immigration, et nous savons tous qu’elles ne se sont pas réalisées. Mais il faut se souvenir que ces vagues furent suivies de limitations à l’immigration, périodes pendant lesquelles la société s’est adaptée à ces mouvements de population d’avant l’état providence. Il n’y a aucun signe de limitation similaire aujourd’hui. D’autre part, il est fallacieux de prétendre que, puisque des gens se sont trompés en prévoyant  un certain effet à un moment donné, cet effet serait impossible, et que quiconque émettant des incitations à la prudence, serait un imbécile méprisable.
Le fait est que le multiculturalisme politiquement imposé a connu des résultats particulièrement médiocres. Le XXe siècle est une succession d’échecs prévisibles. Que ce soit en Tchécoslovaquie, en Yougoslavie, en Union Soviétique, ou au Pakistan et au Bengladesh, ou en Malaisie et à Singapour, ou dans d’innombrables endroits où il y a des divisions ethniques et religieuses qui n’ont pas été résolues à ce jour, les faits nous suggèrent quelque chose d’un peu différent de la légende de fraternité universelle qui est la marque du folklore de gauche.
Il n’y a pas de doute que parmi les nouveaux arrivants certains seront tout à fait convenables, malgré l’absence d’intérêt du gouvernement américain pour favoriser le talent et la compétence. Mais certains ne le seront pas. Les trois grandes vagues de criminalité dans l’histoire américaine – qui ont débuté en 1850, 1900 et 1960 – ont coïncidé avec des périodes d’immigration de masse.
Le crime n’est pas la seule raison qui pousse légitimement les gens à résister à l’immigration de masse. Si quatre millions d’Américains débarquaient à Singapour, la culture et la société de ce pays changeraient à tout jamais. Et non, ce n’est pas vrai que le libéralisme imposerait aux Singapouriens de hausser les épaules et de dire que c’était bien d’avoir leur société tant que cela durait mais que toutes les bonnes choses ont une fin. Personne à Singapour ne souhaiterait cela et dans une société libre ils s’y opposeraient activement.
En d’autres termes, c’est déjà assez pénible d’être pillés, espionnés et bousculés par l’État. Devrions-nous aussi payer pour le privilège de la destruction culturelle, un résultat que l’immense majorité des sujets contribuables de l’État ne veulent pas et qu’ils s’emploieraient activement à éviter s’ils vivaient dans une société libre et étaient autorisés à le faire.
Les cultures mêmes dont, nous dit-on, les immigrés nous enrichissent, n’auraient pu se développer si elles avaient été constamment bombardées de vagues migratoires de gens portant des cultures radicalement différentes. Ainsi l’argument multiculturel n’a tout simplement pas de sens.
Il est impossible de croire que les Etats-Unis ou l’Europe seraient des endroits plus libres après plusieurs décades supplémentaires d’immigration de masse ininterrompue.  Considérant le modèle d’immigration que les Etats-Unis et l’Europe encouragent, le résultat à long terme sera de rendre les groupes favorables à la croissance continue de l’Etat tellement importants qu’il sera pratiquement impossible de les limiter.  Les Libéraux favorables aux frontières ouvertes qui seront alors actifs se gratteront la tête et déclareront ne pas comprendre pourquoi leur promotion de la liberté des marchés a eu si peu de succès. Tous les autres connaîtront la réponse.
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Llewellyn H. Rockwell, a été l’assistant éditorial de Ludwig von Mises et directeur de cabinet du Représentant Ron Paul, il est le créateur et le Président du Mises Institute, l’exécuteur testamentaire de Murray N. Rothbard et l’éditeur de LewRockwell.com. Son dernier livre est : « Contre l’État – un manifeste Anarcho-Capitaliste ».





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